Publié le 21/05/2020 à 06:00 / Béatrice Dupin

Lait de vache

Tribune de Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).

©Cniel

Alors que le confinement dû à la crise sanitaire du Covid-19 a modifié, dès la première semaine, la capacité d'emploi et les habitudes de consommation de la majorité des Français, les acteurs de la filière laitière sont restés au travail et ont montré leur capacité à fournir une alimentation variée et de qualité à leurs concitoyens.

Dès le début de la crise, les entreprises dans leurs diversités, TPE, PME, grands groupes, coopératives, font entendre leurs inquiétudes. Certains craignent des pertes jusqu'à 50 % de leur chiffre d'affaires quand le mix produit de l'entreprise n'est pas favorable, alors que d'autres visualisent déjà l'arrêt de leurs usines en manque potentiel d'effectifs. Ces difficultés majeures semblent d'abord impacter l'aval, donc ! Cependant, pour garantir la continuité des contrats entre les producteurs et les entreprises, la FNPL s'implique fortement dans la recherche de solutions avec un seul mot d'ordre : parvenir à ne pas jeter de lait ! C'est chose faite !

©TLS

Dès le 20 mars, nous demandons à la Commission européenne la régulation des volumes, le stockage, une aide pour la baisse de la collecte... Elle promet une réponse pour mai ! Si l'Europe organise les approvisionnements pour éviter une pénurie, elle ne s'inquiète pas des volumes pour le mois d'avril. Nous décidons d'aller plus loin, et plus vite pour répondre à l'urgence de la crise.

À raison de trois rendez-vous par semaine, la filière organise la solidarité. Ce n'est pas aux producteurs de payer la crise. Si un effort est consenti sur la réduction des volumes, il doit être indemnisé. À la demande de la FNPL, le Cniel (interprofession) met à disposition une réserve de 10 millions d'euros pour constituer un fonds compensatoire.

Face aux demandes fortes de la distribution, certaines entreprises de transformation ont été capables de produire + 300 % de lait UHT, + 200 % de beurre et de crème en faisant fonctionner les usines 24 h/24. Dans le même temps, d'autres se tournent vers les marchés de poudre de lait, qui s'effondrent à 242 euros en avril car leurs lignes de production ne correspondent pas à la demande. Devons-nous nous interroger sur la flexibilité des outils de nos entreprises ?

La présence des acteurs de la distribution au sein de la filière a permis une coordination maximale et une bonne réactivité. Dans ce contexte de crise, la FNPL remarque que le maillon distribution a respecté ses engagements tarifaires pris en février dans l'esprit des États généraux de l'alimentation. Ces relations commerciales solides doivent perdurer car des incertitudes demeurent, notamment concernant la reprise des marchés de restauration collective et hors-foyer.

La FNPL reste largement mobilisée. Cette crise de la consommation ne doit pas devenir une crise de la production. L'État français a accordé des prêts garantis aux entreprises, des aides via le chômage partiel... Nos partenaires doivent trouver des solutions pour que le prix du lait soit correctement payé en 2020. La démarche France-Terre de lait est plus que jamais d'actualité. Le prix de revient des producteurs de lait reste de 384 euros/1 000 litres pour se rémunérer à hauteur de deux Smic. Nous en sommes encore loin. 

Mots clés : LAIT DE VACHE THIERRY ROQUEFEUILLE CNIEL CRISE COVID 19