Publié le 16/05/2020 à 06:00 / Béatrice Dupin

Bilan météo

Avril a été doux et sec. Les records de températures atteints le classent au troisième rang des mois d’avril les plus chauds, derrière deux de 2007 et 2011. La pluviométrie a été en retrait sur le mois, avec des déficits très marqués dans le grand quart Est du pays. Heureusement, les pluies ont fait leur retour dans les tout derniers jours.

Il n’a pratiquement pas plu en avril, sur une grande partie du pays, et particulièrement dans le quart Est de la France, où le manque d’eau a aggravé l’assèchement des sols superficiels constaté dès la fin du premier trimestre.

Le mois d'avril « restera dans les annales avec des températures très douces », indiquait la Chaîne météo dans son dernier bilan climatique mensuel. Si début avril a été plutôt frais, une grande douceur et un ensoleillement généreux se sont ensuite installés sur tout le pays, à la faveur de conditions anticycloniques persistantes durant tout le mois. La température moyenne s'est établie à 14,1 °C sur la France, soit 3 °C au-dessus de la normale (moyenne de référence de 1981-2010), « classant avril 2020 au troisième rang des mois d'avril les plus chauds, derrière les mois d'avril 2007 (+ 3,6 °C) et 2011 (+ 3,3 °C) », indiquait Météo France le 5 mai. Les écarts à la moyenne ont varié de 3 à 5°C, « sur un très large quart Nord-Est, les maximales ont même été en moyenne plus de 5 °C au-dessus de la normale », précise l'organisme de prévision.

Douceur et temps sec

Cette grande douceur s'est accompagnée d'un temps très sec, particulièrement marqué dans le grand quart Est, qui a duré pratiquement tout le mois. On note ainsi un déficit moyen de pluviométrie de 26 % sur l'ensemble du pays, plus souvent proche de 50 à 80 % dans le Nord-Est. Conséquence : « les températures élevées et la quasi-absence de pluie sur le Nord-Est et le Centre-Est ont engendré un net assèchement des sols », constate Météo France. Assèchement, sécheresse même, très marquée en Alsace, Lorraine, Champagne, mais également en Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes. De la Bretagne aux Pyrénées, la pluviométrie a été plus proche de la normale, voire supérieure de 20 à 50 % sur le Morbihan et la Gironde.
Globalement, si douceur et temps sec peuvent résumer avril, plusieurs événements climatiques ont également rythmé le mois. De très fortes gelées ont sévi le 1er avril, causant des dégâts dans les vignes bourguignonnes et sur les cultures de colza dans le Nord-Est. Des records de chaleur ont ensuite été enregistrés les 9 et 10 avril, un peu partout en France. Le Nord du pays a subi le 17 avril de violents orages, les pluies diluviennes ont généré des torrents de boue. Les 20 et 22 avril, enfin, l'extrême Sud du pays a été touché par un épisode méditerranéen de forte amplitude, avec des pluies très abondantes sur le Roussillon (jusqu'à 285 mm en deux jours !), des crues et des inondations dans la région de Perpignan.

Le manque d'eau se confirme...

Dans les départements de l'Ain, de l'Ardèche, de la Drôme, de l'Isère, du Jura, de la Loire, du Rhône, de la Saône-et-Loire et des Savoie, avril poursuit la longue série de mois plus chauds que la moyenne, avec un écart de + 4,9 °C par rapport à la normale. Exceptionnel !
Si des gelées assez fortes ont été relevées tout début avril, avec des températures entre - 6 et - 7 °C sur un axe Vichy - Paray-le-Monial, la douceur s'est aussi très vite installée dans ces départements et s'est maintenue jusque fin avril. Le 9 avril, la station météorologique de Montélimar a relevé une température maximale de 25,8 °C ; le 24 avril, il a fait 26,3 °C à Lyon, digne d'un début d'été !
Côté pluviométrie, les dix départements enregistrent un très fort déficit, qui atteint 43 % en moyenne sur le mois. Là aussi les écarts sont significatifs, allant de - 21 % (station de Bourg-Saint-Maurice) à - 57 % (station de Montélimar) et même - 66 % (station de Mâcon). Le manque d'eau se confirme sur ces régions. Il vient accentuer le déficit de pluies efficaces constaté sur le premier trimestre 2020 et qui s'élevait, du Rhône au Puy-de-Dôme, entre 10 de 25 %, indiquait Eau France début avril.

...Et l'assèchement des sols s'aggrave

En résumé, il n'a pratiquement pas plu en avril, sur une grande partie du pays, et particulièrement dans le quart Est de la France, où le manque d'eau a aggravé l'assèchement des sols superficiels constaté dès la fin du premier trimestre.
Début avril, en Auvergne-Rhône-Alpes, les sols étaient en effet déjà asséchés. Et cet assèchement était particulièrement marqué « en Auvergne, de la Grande Limagne à la Limagne de Brioude, ainsi que sur l'ouest de Rhône-Alpes, en plaine du Forez, sur la région lyonnaise et sur le Haut-Vivarais », d'après le bulletin de situation hydrologique Aura au 1er avril. A cette date, l'indice d'humidité des sols était déjà déficitaire de près de 20 %. Autant dire que les journées d'avril ont largement aggravé la situation.
Heureusement, les tout derniers jours du mois ont été marqués par le retour des pluies, qui ont continué d'arroser le pays sur la première décade de mai. « Le retour des pluies quasi généralisées relance le développement des cultures. Il a été significatif même si l'on constate des disparités sur la région », indiquait la chambre régionale d'agriculture d'Auvergne-Rhône-Alpes le 7 mai, dans son bulletin de santé du végétal spécial grandes cultures.
Sébastien Duperay

 

PRéVISIONS / Mai, juin et juillet 2020 encore plus chauds que la normale ?
Pour les trois mois à venir, la chaleur risque d’être encore au rendez-vous, d’après Météo France, qui annonçait le 29 avril un prochain trimestre (mai, juin et juillet) plus chaud que la normale sur toute l’Europe. « Malgré une faible prévisibilité pour le trimestre à venir, le scénario le plus probable est celui de pressions plus fortes que la normale sur le Nord-Ouest de l’Europe et de conditions anticycloniques renforcées sur l’Europe occidentale. Ces conditions devraient favoriser un temps plus sec et plus chaud que la normale sur ces régions », indique Météo France. L’organisme de prévision insiste sur « l’impact du changement climatique qui est également clairement visible dans les prévisions de températures qui sont prévues supérieures aux normales climatiques sur tout le continent ». Côté précipitations, un déficit est attendu « sur le Nord-Ouest du continent », mais aucune prévision n’est arrêtée pour les autres pays. Ces prévisions trimestrielles sont élaborées par un groupe d’experts de Météo-France et de Mercator Ocean (le centre français d’analyses et de prévisions océaniques). 

 

VéGéTATION / Une pousse de l’herbe largement excédentaire au 20 avril
« En avril 2020, la production cumulée des prairies permanentes est largement excédentaire (+ 46 %) par rapport à la pousse de référence (1989-2018) de la même période », indique Agreste dans sa note de conjoncture sur les prairies du 30 avril. Alors qu’habituellement la part de la pousse réalisée à cette date représente 23 % de la pousse annuelle de référence, elle est déjà de 32 % cette année. Ce début de campagne favorable à la pousse de l’herbe permet un excédent de production pour 83 % des régions fourragères, principalement dans la moitié nord de l’Hexagone, où la situation est assez homogène. « Près de 60 % des régions présentent un indicateur Isop (indicateur de rendement des prairies permanentes) supérieur à la moyenne nationale, la région Grand Est étant la plus remarquable », observent les statisticiens. Avec une forte pousse en avril, les régions Pays de la Loire et Centre-Val de Loire ont atteint respectivement 47 et 43 % de la pousse annuelle de référence. Au sud, la situation est plus contrastée. Malgré une pousse cumulée excédentaire pour l’Occitanie et normale pour la région Paca, « certaines régions fourragères du pourtour méditerranéen et du nord de l’Occitanie sont déficitaires », expliquent-ils.

 
Le retour des pluies quasi généralisées fin avril et début mai a relancé le développement des cultures.

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