Publié le 25/03/2020 à 06:00 / Christophe Ledoux
Pour combattre la crise de l'asperge et de la fraise, Henri Brichart, président du Conseil d’administration de FranceAgriMer et vice-président de la FNSEA, demande aux grandes surfaces de privilégier l'approvisionnement français et d'appliquer l'accord de modération des marges mis en place en 2011.

Les producteurs de fraises et d'asperges, dont la pleine récolte arrive en ce moment, font face à des difficultés extrêmes.
© Apasec

A quelles difficultés particulières sont confrontés les producteurs d'asperges et de fraises ?

Henri Brichart : "Les producteurs de fraises et d'asperges, dont la pleine récolte arrive en ce moment, font face à des difficultés extrêmes. Ils ont d'abord un souci de main-d'oeuvre, surtout à cause de l'absence des saisonniers étrangers auxquels ils ont recours habituellement. Les courants d'importation n'ont pas été interrompus. Les stocks s'accumulent quand les producteurs ne sont pas obligés de les brader et quelquefois de les détruire. Conséquence : les prix s'effondrent."

 

La fermeture des marchés de plein n'aggrave-t-elle pas la crise ?

H.B. : "La crise était déjà là quand le Gouvernement a annoncé la fermeture des marchés ouverts. Dans la grande distribution, il a été observé une forte demande de produits de base (pâtes, riz, conserves) au détriment des produits frais quand le confinement a été annoncé. L'interdiction des marchés va bien entendu amplifier la crise. J'espère que la liberté accordée aux préfets, sur demande des maires, va permettre à de nombreux marchés de reprendre leur activité, en respectant bien entendu les règles de prudence et de sécurité imposées par les pouvoirs publics."

Les producteurs de fraises et d'asperges, dont la pleine récolte arrive en ce moment, font face à des difficultés extrêmes.
© Apasec

Quelles mesures préconisez-vous pour combattre la crise ou du moins atténuer ses effets ?

H.B. : "Je demande à la grande distribution, qui a augmenté considérablement son chiffre d'affaires dernièrement, de mettre en avant les productions françaises et de bannir les publicités sur les produits étrangers. Déjà certaines enseignes le font, j'appelle les autres à suivre le mouvement. Je leur demande aussi de ne pas trop brader leurs asperges et fraises et d'appliquer l'accord de 2011 sur la modération des marges en cas de crise. Cet état de crise a été constaté officiellement par FranceAgriMer, sur la base de données objectives pour les fraises rondes et garriguette, il appartient maintenant aux différentes enseignes de le mettre en place."

 

Qu'attendez-vous des pouvoirs publics ?

H.B. : "La direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes doit faire appliquer cet accord de modération et diligenter les contrôles nécessaires. D'abord pour la fraise et l'asperge et certainement pour d'autres productions qui vont arriver (concombres, tomates, radis, aubergines...). Il faudra certainement en venir à des mesures de soutien spécifiques notamment pour l'horticulture, dont la majorité des ventes a lieu au printemps et dont la distribution a été interrompue par la fermeture des jardineries. Quant au manque de main-d'oeuvre faute de saisonniers étrangers, ce qu'a dit le ministre de l'Agriculture va dans le bon sens. Nous comptons sur le soutien actif de toutes les personnes de bonne volonté qui sont sans emploi, rendues à l'inactivité ou en chômage technique par le coronavirus, à donner un coup de main aux agriculteurs en difficultés."

 

Le gouvernement présente un plan pour faciliter l'embauche de saisonniers

Dans un communiqué paru le 24 mars, les ministères de l'Economie, du Travail et de l'Agriculture, présentent un «plan de soutien spécifique» pour faciliter l'embauche de saisonniers dans le «secteur agricole et agroalimentaire», dans un contexte de manque de main-d'oeuvre saisonnière étrangère. Principale mesure: le gouvernement annonce que, dans le cadre de l'application de la loi d'urgence du 23 mars, il sera permis à un salarié de cumuler une indemnité de chômage partiel avec un salaire provenant de la filière agroalimentaire. Seule condition : obtenir un accord des deux entreprises sur un délai de prévenance de 7 jours avant la fin du contrat et la reprise de son travail initial. Deuxième mesure: le ministère du Travail va mettre en place, «avec Pôle emploi», une «plateforme dédiée aux secteurs qui ont, dans cette période des besoins particuliers de recrutement» (offres disponibles sans créer de compte, présélection des candidats possible par Pôle emploi). Enfin, concernant les mesures de protection sanitaire, un guide pratique spécifique à la filière va être «largement diffusé avant la fin de la semaine» par le ministère du Travail pour donner aux «entreprises et aux exploitations» des «solutions très concrètes et opérationnelles».

Didier Guillaume appelle les Français sans activité s'engager dans l'agriculture

Invité sur RMC et BFMTV le 24 mars au matin à l'émission de Jean-Jacques Bourdin, le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a appelé «toutes celles et ceux qui n'ont pas d'activité de rejoindre la grande armée de l'agriculture française». «Je veux lancer un grand appel à l'armée de l'ombre, aux femmes et aux hommes qui ne travaillent pas». Il a lancé cet appel à ceux qui sont confinés dans leur appartement ou dans leur maison, en raison de l'épidémie, et qui peuvent être actuellement «serveur dans un restaurant, hôtesse d'accueil dans un hôtel, coiffeur du quartier», a-t-il énuméré. «Il y a la possibilité d'avoir 200 000 emplois directs dans l'agriculture. Rejoignez celles et ceux qui vont nous permettre de nous nourrir de façon propre, saine, durable», a encore martelé le ministre de l'Agriculture. Il a déclaré que les salariés «seront payés par les agriculteurs» et que «le problème en agriculture n'est pas de payer la main-d'oeuvre mais d'en trouver». Il a conclu ce chapitre en soulignant que «les agriculteurs n'ont pas besoin d'être protégés mais d'être soutenus».

 

Mots clés : FRAISE ASPERGE COVID-19 CORONAVIRUS FRAISES ASPERGES