Publié le 19/03/2020 à 06:00 / Béatrice Dupin

pousse de l'herbe

/ De 2011 à 2018, le réseau de suivi de la croissance de l’herbe « Pâtur’RA » a permis aux organisations professionnelles agricoles de créer un référentiel quant aux outils de gestion du pâturage en Rhône-Alpes.

Des groupes d’éleveurs se sont constitués ces dernières années afin d’échanger sur les technicités du pâturage tournant.

La crise laitière de 2009 a laissé des traces dans la profession. Onze ans plus tard, les éleveurs ont dû modifier leurs pratiques pour réinstaurer, au sein du système fourrager, le pâturage tournant. « Aujourd'hui, nous ressentons une vraie dynamique dans tous les départements. Des groupes d'éleveurs se sont réunis autour de la question du pâturage et de la cohérence du système en fonction de l'état des sols », explique Mickaël Coquard, chargé de mission au Fidocl conseil élevage. Cette dynamique collective a démarré en 2011 avec la création de « Pâtur'RA », un réseau de suivi de la croissance de l'herbe dans la région Rhône-Alpes.
Cette expérimentation, portée par les diverses organisations professionnelles agricoles (OPA : chambres d'agriculture, Conseil élevage, etc.), a répondu aux critères du Pep bovin lait, financé par la Région. Ainsi, de 2011 à 2018, les OPA se sont concentrées sur la maîtrise des coûts de production et la baisse des charges, en mettant en avant les principaux facteurs de variation de la croissance de l'herbe jusqu'à l'automne.
« La bonne gestion du pâturage était une piste de travail malgré une perte d'intérêt dans les exploitations régionales », poursuit Mickaël Coquard.

Définir les facteurs influents sur la pousse de l'herbe

Pour relancer cette activité, le groupe régional s'est ainsi fixé quatre objectifs : anticiper la date de mise à l'herbe grâce aux sommes de température, connaître la croissance de l'herbe pour gérer au mieux l'épiaison des graminées et aligner les besoins en fonction de la pousse, communiquer régulièrement auprès des éleveurs et des techniciens pour améliorer la gestion du pâturage et enfin produire un référentiel pour utiliser des outils de gestion du pâturage.
« L'expérimentation s'est faite en deux temps : tout d'abord, la première phase a consisté, de 2011 à 2014, à mesurer la pousse de l'herbe au printemps afin de gérer l'épiaison des graminées et d'optimiser cette herbe. Ensuite, de 2015 à 2018, la pousse de l'herbe a été mesurée à l'aide d'un herbomètre ITCF sur toute la période de croissance (de mars à octobre). Cela a permis de distinguer les principaux facteurs influençant la pousse de l'herbe ». L'étude avait ainsi pour but d'analyser les facteurs naturels : pluviométrie, température, altitude et type de sol, puis les pratiques des agriculteurs : fertilisation, type de prairie et la hauteur d'entrée et de sortie des parcelles.

La hauteur d'entrée en pâturage, un levier phare

« Sur la trentaine d'exploitations que nous avons suivies, que ce soit en plaine (Ain, Isère) ; en coteaux (Rhône, Loire, Drôme, Ain) ou en montagne (Isère, Savoie, Haute-Savoie, Ain), toutes maîtrisent le pâturage tournant. Il s'agissait là d'un élément indispensable pour une collecte juste des données de croissance », annonce Mickaël Coquard.
Alors que l'expérimentation Pâtur'RA a pris fin en 2018 - le financement n'ayant pas été reconduit - les OPA ont tiré deux enseignements phares. Dans un premier temps, le travail de l'exploitant s'avère primordial. Pilote, c'est lui qui donne la dynamique de pousse, bien au-delà de l'aspect météorologique. Il doit savoir à quelle période revenir au pâturage, gérer la hauteur d'herbe ou la sortie des animaux, etc. La hauteur d'entrée représente notamment un levier essentiel dans la gestion de l'équilibre besoins/offre : une hauteur de 10-12 cm permet d'optimiser le rendement (64,7 kg MS/ha si l'herbe est supérieure à 10 cm ; 48,6 kg MS/ha si herbe inférieure à 7 cm). D'autre part, il a été démontré que la fertilisation n'était pas le critère qui influence le plus la croissance. Elle doit simplement être cohérente et s'inscrire dans une réflexion globale de besoins en herbe. Enfin, le choix de la prairie peut aider à obtenir de bons résultats. « Le pâturage coûte six fois moins cher que l'herbe récoltée », avoue Mickaël Coquard. Désormais, chaque département, par le biais des chambres d'agriculture ou des Conseils élevage, s'est emparé de ses propres analyses pour proposer régulièrement aux agriculteurs des bulletins techniques. 
Amandine Priolet
*Fédération interdépartementale des entreprises de conseil élevage du Sud-Est

Mots clés : EXPÉRIMENTATION PATURA POUSSE DE L HERBE