Publié le 05/12/2018 à 06:00 / Christophe Ledoux

Gilets jaunes / ruralité

Directeur du département opinion et stratégie d'entreprise de l'Ifop, Jérôme Fourquet revient sur les spécificités du mouvement des gilets jaunes, qui touche davantage la ruralité, et sur la nécessité d'accompagner davantage la transition écologique dans certains secteurs d'activité et auprès de certaines catégories de la population.

Pourquoi l'augmentation des taxes sur le carburant est-elle une mesure qui impacte davantage les zones rurales ?

Jérôme Fourquet : "Ce mouvement des gilets jaunes a pris naissance suite à l'annonce de l'augmentation des taxes sur le carburant, parce que cette question est extrêmement sensible. C'est un élément fédérateur dans la société française, et si l'on voulait utiliser une métaphore historique, on pourrait dire que notre société est aussi sensible aujourd'hui au prix du carburant qu'elle ne l'était au prix du blé sous l'Ancien Régime. On a vu dans nos enquêtes que ce sont les zones rurales et périurbaines qui ont été les premières à rentrer dans le mouvement, et qui le soutiennent le plus, parce qu'elles sont les plus dépendantes et les plus tributaires de la voiture pour aller travailler."

 

Quelles sont les spécificités de ce mouvement ?

J. F. : "C'est d'abord un mouvement inédit, puisqu'il s'est créé en dehors de toutes les structures politiques et syndicales traditionnelles, sans relais médiatique notable, c'est un pur produit des réseaux sociaux. Mais c'est aussi le résultat d'une politique qui est menée, d'une situation préexistante : ce mouvement vient souligner les fractures territoriales, géographiques mais aussi sociales, avec de très nombreux concitoyens qui n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois, qui ont un sentiment de déclassement, voire d'abandon, et qui sont rentrés plus ou moins activement dans ce mouvement. Une autre spécificité est que le mouvement est de nature très évolutive. Ce à quoi l'on assiste aujourd'hui est déjà différent de ce que l'on observait lors des premières semaines de manifestation : on est sur un mouvement qui se politise. On le voit par le fait que la proportion de Français qui soutiennent le mouvement est à quelques points près identique à la proportion de Français qui sont aujourd'hui mécontents d'Emmanuel Macron. La mobilisation a commencé sur quelque chose de catégoriel, puis s'est politisée. On peut le suivre au rythme de l'évolution des revendications : d'abord, la question de l'abrogation des taxes sur le carburant, puis la question plus générale du pouvoir d'achat et de la fiscalité, et maintenant, une critique de la politique du Gouvernement."

 

En quoi la transition écologique a-t-elle cristallisé les tensions ?

J. F. : "Elle les a cristallisées, oui et non, car si c'est la hausse des prix des carburants pour raisons écologiques qui a mis le feu aux poudres, pour autant une bonne partie des gens qui soutiennent le mouvement se déclarent également sensibles à la cause environnementale. La question qui est posée, en fait, c'est celle de la soutenabilité de cette transition écologique et de la manière dont on fait en sorte que, si cette transition apparait comme scientifiquement et environnementalement nécessaire, il faut qu'elle soit accompagnée socialement et économiquement, que ce soit pour certaines filières, on peut penser par exemple à l'agriculture qui va avoir des défis considérables à relever, mais aussi pour certains publics, qui ne sont pas en capacité de dégager des budgets supplémentaires pour financer cette transformation par eux-mêmes."

 

Gilets jaunes

Le Premier Ministre annonce le gel de trois mesures fiscales

Afin de désamorcer la crise des « gilets jaunes », le Premier Ministre, Edouard Philippe a annoncé mardi 4 décembre plusieurs mesures. Aucune taxe ne méritant, selon le Premier Ministre, de mettre l'unité de la nation en danger, il a indiqué que la hausse de la taxe carbone, sur l'essence, le fioul et le diesel, la convergence de la fiscalité du diesel avec celle de l'essence et enfin l'alignement sur la fiscalité des particuliers et de la fiscalité du gazole des entrepreneurs non routiers, trois mesures fiscales, qui devaient entrer en vigueurs au 1er janvier, seront suspendues pour une durée de 6 mois. « Elles ne s'appliqueront pas avant d'être débattues par toutes les parties prenantes », précise Edouard Philippe. Ceci afin d'identifier et de mettre en œuvre des mesures d'accompagnement « justes et efficaces ». Les nouvelles modalités du contrôle technique sont aussi suspendues. Concernant les tarifs de l'électricité et du gaz, qui devaient augmenter début 2019, là aussi le Premier Ministre déclare qu'ils n'augmenteront pas durant la concertation et donc durant l'hiver. Il espère que ces décisions, immédiates, ramènent « apaisement et sérénité dans le pays ». Il souhaite que les partenaires sociaux et les élus locaux travaillent avec le gouvernement pour aider les personnes qui travaillent loin de leur domicile. Il veut, par exemple, réfléchir à « une prime de mobilité », pour une meilleure prise en charge des transports hors des villes. Il veut également lancer un large débat sur les impôts et les dépenses publiques, pour « plus de transparence ». Une concertation, « qui ne doit ressembler à aucune autre », avec dialogue national et sur tous les territoires.
Il souligne cependant que toute diminution des impôts entrainera nécessairement une baisse des dépenses. Ce débat commencera le 15 décembre 2018 pour se terminer le 1er mars 2019. Edouard Philippe veut pour cela mobiliser les institutions, les organisations syndicales, les ONG, les collectivités locales, les parlementaires... Le Premier Ministre a conclu son allocution en dénonçant et condamnant les violences et les dégradations survenues lors des manifestations de 1er décembre, notamment à Paris. Il précise que toute nouvelle journée de mobilisation devra être déclarée et se dérouler dans le calme.
Mots clés : MOUVEMENT GILETS JAUNES