Publié le 18/11/2018 à 06:00 / Christophe Ledoux

Des graminées pas comme les autres

A peu près unique par la multiplicité de ses usages, le bambou, qui appartient à la famille des graminées, détient le record de rapidité de croissance dans le monde végétal. Chez certaines espèces, les chaumes peuvent mesurer une quarantaine de mètres de haut.

Le bambou se distingue des autres graminées par un port arborescent et des tiges ligneuses qui ne sont pas des troncs mais des chaumes. Alliant la solidité d'un arbre à la flexibilité d'un jonc, il détient le record de rapidité de croissance du monde végéta...

Bien qu'ils puissent atteindre de grande hauteur et former des forêts, ce ne sont pas des arbres mais des poacées, autrement dit des graminées, comme le blé, le riz... Toutefois, ils se distinguent des autres plantes de cette famille par un port arborescent et des tiges ligneuses qui ne sont pas des troncs mais des chaumes. Répertoriée avant le crétacé supérieur (- 100 à - 66 millions d'années), c'est donc une graminée très primitive dont la plupart des 1 400 espèces sont originaires des régions tropicales du globe : Afrique, Asie, Amérique Centrale et Sud-Océanie. Aucune n'est spontanée en Europe. De qui s'agit-il ? Du bambou, véritable herbe géante.

Solide et flexible

 

le bambou détient le record de rapidité de croissance du monde végétal : jusqu'à un mètre par jour.
© journal L'Agriculture Drômoise

Alliant la solidité d'un arbre à la flexibilité d'un jonc, le bambou fascine. Il détient le record de rapidité de croissance du monde végétal : jusqu'à un mètre par jour. Sa floraison reste mystérieuse, certaines espèces n'ont d'ailleurs encore jamais été observées en fleur par les scientifiques. De plus, le bambou est à peu près unique par la multiplicité de ses usages. Dans la construction, on l'utilise pour en faire des échafaudages, armatures pour le béton, les canalisations d'eau, parquets stratifiés ou lamellés-collés, panneaux de particules... L'industrie textile utilise des fibres de bambou dans la confection de tissus. On fabrique même des puces informatiques à partir du bambou ! En Chine, il entre dans la fabrication de nombreux objets du quotidien : paniers de riz, lanternes traditionnelles, cerfs-volants, cannes à pêche, flûtes, sabres de Kendo... Pour la construction de maisons, la fabrication de cordages, entre autres, un organisme de recherche chinois a mis au point un bambou hybride, qui allie fort rendement, haute résistance et grande souplesse. L'Europe s'intéresse également à ce matériau dont la résistance peut aller jusqu'à 1 200 kg par cm2 (en compression) et 3 500 kg par cm2 pour la fibre industrielle.

En légume, fourrage, haie...

En Chine, le bambou incarne à côté du pin (pinus spp) et de l'abricotier japonais (prunus mume) l'un des « trois amis qui ne craignent pas l'hiver » et symbolise à ce titre, pour les amis de Confucius, la constance et l'amitié durable.
© journal L'Agriculture Drômoise

Autre qualité du bambou, il est comestible. En Asie, le cœur des jeunes pousses de certaines espèces est apprécié en tant que légume, frais ou en conserve. Dans certaines régions, des papillotes de cuisson sont confectionnées avec les feuilles. La plante sert aussi à la fabrication de boissons fermentées et d'alcools blancs. Le bambou est également un fourrage indispensable pour les chevaux, les buffles, les yacks... et les pandas. Chaque spécimen en consomme 20 kg par jour !
En outre, dans les jardins, le bambou occupe une place de premier choix. En Chine, à côté du pin (pinus spp) et de l'abricotier japonais (prunus mume), il incarne l'un des « trois amis qui ne craignent pas l'hiver » et symbolise à ce titre, pour les disciples de Confucius, la constance et l'amitié durable. En Europe, et notamment en France, on apprécie son graphisme, son charme exotique tout autant que sa robustesse. Isolés en pot ou formant des haies, les bambous trouvent leur place un peu partout, quitte à devenir, parfois, envahissants.
A Anduze (Gard), la bambouseraie en Cévennes offre des aménagements paysagers étonnants avec plus de deux cents espèces de bambous associés à d'autres plantes remarquables. Chaque année, des artistes sont invités dans le cadre de la thématique « art et nature » à réaliser des installations. L'occasion, notamment, de mettre en évidence le potentiel sculptural des bambous.

Christophe Ledoux

Botanique /

Un bambou est constitué de deux parties. Celle souterraine comprend les tiges horizontales appelées rhizomes d'où partent de nouvelles pousses ainsi que les racines nourricières et d'autres ayant uniquement une fonction d'ancrage. Le tout forme un système racinaire très dense. La partie aérienne comprend les chaumes pouvant atteindre une trentaine de centimètres de diamètre et une quarantaine de mètres de haut chez certaines espèces. De forme conique et recouverte de gaines protectrices, la jeune pousse a déjà les propriétés du chaume adulte : son diamètre est son nombre de nœuds sont définitifs. Les fleurs puis les fruits n'apparaissent que rarement chez la plupart des espèces (parfois après plusieurs dizaines d'années).
Le dense réseau racinaire des bambous sert à la lutte contre l'érosion des sols.
© journal L'Agriculture Drômoise

 

Diversité /

Chaque bambou a sa particularité : la couleur de ses chaumes, son feuillage, sa taille, sa forme...
Parmi les variétés à chaumes colorés, citons Phyllostachys nigra aux chaumes noir ébène au bout d'un à deux ans, Phyllostachys aurea 'Flavescens inversa' aux chaumes striées de jaune, Phyllostachys praecox 'Viridisulcata' aux chaumes jaune vif et sillon internodal strié de vert...
Parmi les bambous à feuillage panaché, on trouve Phyllostachys aurea, Pleioblastus arundinaria 'Auricoma', Hibanobambusa tranquillans 'Shiroshima', Sasinaria masamuneana 'Albostriata'...
Certaines espèces présentent des chaumes à la forme particulière comme Chimonobambusa quadrangularis, seul bambou dont les chaumes sont de section carrée. Phyllostachys aureosulcata 'Spectabilis' présente des chaumes en zigzag à leur base.
Phyllostachys edulis est le plus grand bambou acclimaté en Europe. Ses chaumes peuvent atteindre 25 mètres de haut et une circonférence de 70 centimètres. Les spécimens de la bambouseraie d'Anduze culminent à 23 mètres.
© journal L'Agriculture DrômoisePhyllostachys edulis 'heterocycla' est une mutation du bambou géant. De nombreux chaumes présentent des nœuds inclinés et des entrenœuds courts. Les Asiatiques l'interprètent comme une succession de carapaces de tortue, d'où le nom « Kikko » (mot japonais signifiant carapace de tortue).
© journal L'Agriculture DrômoisePhyllostachys sulphurea 'Robert Young' présente de superbes chaumes jaunes recouverts d'une à plusieurs stries vertes à chaque entrenœud.
© journal L'Agriculture Drômoise

 

La Bambouseraie des Cévennes, située à Anduze (Gard), se visite de fin février à mi-novembre. Ce jardin botanique singulier abrite quelque 200 espèces de bambous et plus de 800 autres espèces végétales. Plus d'informations sur www.bambouseraie.fr.

Mots clés : BAMBOU BAMBOUSERAIE