Publié le 20/08/2018 à 12:00 / Béatrice Dupin

Apiculture

Longtemps routier, Rémi Tailhardas a opéré un complet changement de vie. Il est devenu apiculteur à Saint Mamans. Sa passion pour les abeilles s’est transformée en profession.

Rémi Tailhardas, apiculteur à Saint Mamans. Ses ruches sont reconnaissables, avec leurs couleurs vives (peinture biologique).

A 18 ans, sans diplôme, Rémi Tailhardas passe son permis poids lourds et devient chauffeur routier. A l'époque, il réside à Montbrison, dans la Loire. Ce métier, il l'exerce pendant 17 ans dont 15 en international. En décembre 2012, naît sa fille, Aya. Toujours sur les routes, il voit donc peu sa famille. Aussi, son épouse et lui décident de changer de vie et déménagent dans la Drôme en septembre 2013. Il compte y occuper un emploi sédentaire dans le domaine du transport mais ce projet ne se concrétise pas. Alors, il reste quelque temps encore routier, en intérim.

D'abord apiculteur amateur

Rémi n'est pas issu du monde agricole. Mais, déjà dans la Loire, il est apiculteur amateur « par plaisir », avec cinq ruches pour la consommation familiale de miel. Sa passion pour les abeilles va le conduire à en faire son métier. En 2014-2015, il suit une formation BPREA au CFPPA du Valentin, à Bourg-lès-Valence. Dans ce cadre, il effectue un stage de six mois (une saison complète) chez Pierre Gaschignard, apiculteur à Châteaudouble. « J'ai eu de la chance de tomber sur lui, confie Rémi. Il est calé au niveau technique et m'a beaucoup aidé. En plus, grâce à lui, j'ai pu entrer dans le milieu des apiculteurs du coin. C'est pratique quand on a besoin de renseignements. A présent, avec Pierre, nous nous entraidons toujours et transhumons une partie de nos ruches ensemble. »

Installé avec la DJA

En juin 2015, Rémi obtient son BPREA. En novembre suivant, il crée « Le rucher d'Aya l'abeille », une petite EI (entreprise individuelle) à Saint Mamans. Il commence en tant que cotisant solidaire avec 30 ruches en production et travaille sur des exploitations des environs l'hiver. Enfin, en janvier 2017, il s'installe apiculteur avec la DJA (dotation jeune agriculteur, zone de montagne) et 120 ruches après avoir bien réfléchi son projet. La chambre d'agriculture l'a accompagné dans son parcours installation. « S'installer, c'est compliqué, constate-t-il. Dans mon projet, j'avais prévu de travailler à l'extérieur de mon exploitation, pendant l'hiver les premières années, pour faire vivre ma famille. Mais ce n'est pas possible car je gagnerais plus que l'EBE (excédent brut d'exploitation), qui est encore faible pour le moment. C'est une restriction stupide. Et la DJA, je ne l'ai perçu qu'en août. »

320 ruches

« En 2017, j'ai récolté 2,1 tonnes de miel, indique Rémi. A présent, j'ai 320 ruches. J'aimerais monter jusqu'à 350 à 400 pour en avoir toujours 200 en production, récolter six à sept tonnes de miel par an et, ainsi, dégager un chiffre d'affaires suffisant. Il faut penser qu'il y a toujours des renouvellements de colonies à faire et des pertes. »
L'apiculteur a installé sa miellerie dans un bâtiment loué (de 300 mètres carrés situé à 600 mètres de son habitation) et envisage des investissements en matériel. Il déplace ses ruches uniquement dans la Drôme, sauf pour le miel de sapin (produit habituellement dans la Haute-Loire). « Je n'ai pas de difficultés à trouver des emplacements car j'ai travaillé chez des agriculteurs », précise-t-il. Pour le miel de lavande, il a descendu la moitié de ses ruches à Montbrison-sur-Lez l'an passé. A l'avenir, il ne devrait plus le faire, de la lavande ayant été plantée près de chez lui. « La production de miel est aléatoire, elle dépend de l'année, explique l'apiculteur. En 2017, sur acacia, j'ai mis toutes mes ruches et n'ai récolté que 150 kg à cause du gel survenu juste avant la floraison. C'est le miel de sapin qui a sauvé la saison : j'en ai obtenu 530 kilos avec 45 ruches. 2018 est une très belle saison pour la production de miel dans la Drôme. Je suis bien plus serein que l'année dernière. »

Un « Talent gourmand »

Rémi ne regrette pas sa reconversion professionnelle dans l'apiculture : « Ma qualité de vie est bien meilleure. J'aime mon métier. Je ne vois pas le temps passer, contrairement à l'époque où j'étais seul dans mon camion. » En tout cas, son travail a déjà été récompensé : il est l'un des trois agriculteurs finalistes des « Talents gourmands » 2017, concours organisé par le Crédit Agricole Sud Rhône Alpes en partenariat avec le magazine Bottin gourmand. Il a ainsi bénéficié d'une dotation de 1 000 euros et d'une publicité dans ce magazine. « Il faut savoir gérer les ruchers. Mais ce sont les abeilles qui font du bon miel, confie modestement Rémi. Moi, je le récolte, je n'y ajoute rien. » n
Annie Laurie

 

Le rucher d’Aya l’abeille /

Miels et compagnie

Rémi Tailhardas récolte des miels de fleurs de printemps, de fleurs d’été, de cerisier, d’acacia, de lavande, de châtaignier et de sapin. Il a aussi lancé « Saveur d’Aya », un mélange de miel de printemps et poudre de noisette. Un autre vient de s’ajouter, cette fois-ci avec de la poudre d’amande. En outre, pour les périodes festives, l’apiculteur confectionne des pains d’épices avec du miel de châtaignier et des bonbons avec du miel de lavande. Il vend aussi du pollen frais (congelé) et de la propolis.Ses produits, Rémi les commercialise sur place, sur des marchés à Génissieux et Grenoble, dans quelques magasins, via un maraîcher bio, un viticulteur, un producteur de bières, le Locavore (plateforme de distribution) de Tain-l’Hermitage et Valence. Il assure, par ailleurs, quelques prestations de pollinisation de vergers (cerisiers, abricotiers, pommiers, pruniers) et de cultures semencières (tournesol et, en plus cette année, colza). 
A. L.
Le rucher d’Aya l’abeille propose des miels de fleurs de printemps, d’été, de cerisier, d’acacia, de lavande, de châtaignier, de sapin et d’autres produits.
Mots clés : APICULTURE REMI TALHARDAS