Publié le 13/02/2016 à 06:00 / Béatrice Dupin

l’Abbaye Notre-Dame de Triors

Produits monastiques / En France, environ 200 abbayes fabriquent des produits. Rhône-Alpes n'échappe pas à la règle. À Notre-Dame de Triors, au nord du département de la Drôme, les moines proposent du miel, de l'huile de noix, des pâtisseries, des œufs ou encore du fromage. Visite.

Les moines de l’abbaye de Triors fabriquent et commercialisent un fromage à pâte pressée cuite au lait entier cru.

Franchir la porte d'un monastère n'est pas anodin. Se ressourcer, se recueillir ou encore profiter d'un site calme, silencieux et retiré, voilà bien des raisons avancées par les visiteurs, qu'ils soient convaincus ou non. Mais certains d'entre eux y vont dans un but bien particulier : celui d'acheter des produits monastiques. Le travail incombe en effet à tout homme. Les religieux ne font pas exception, même s'ils ont choisi de se retirer dans un lieu de solitude pour consacrer leur vie à Dieu. Labeur et vie contemplative, là est la parfaite équation pour un équilibre essentiel. Mais encore faut-il pouvoir vivre derrière ces murs. La période des dots et des autres fortunes seigneuriales est en effet révolue. C'est ainsi que de nombreuses abbayes sont aussi de véritables petites entreprises. Une situation assez paradoxale pour des hommes ayant fait vœu de pauvreté. « Les moines seront vraiment moines lorsqu'ils vivront du travail de leurs mains », disait toutefois Saint Benoît.

40 hectares de terres cultivables

À l'abbaye bénédictine de Notre-Dame de Triors, dans la Drôme, sept offices liturgiques rythment la journée. Le temps restant est consacré à la lecture et au travail. Mais cela, le visiteur lambda ne peut le mesurer. Il n'a, en effet, accès qu'à l'abbatiale ou à la porterie. Seuls peuvent ainsi en témoigner les produits monastiques qui y sont proposés. Mais une fois la clôture franchie, force est de constater que c'est tout un petit village qui s'anime : atelier de soudure, de poterie, menuiserie, cuisine, etc. Le monastère de Triors, qui occupe depuis 1984 les terres et le château construit au XVIIe siècle par Charles de Lionne de Lesseins, a également sa propre exploitation agricole. Il n'est ainsi point rare de croiser des moines en tunique sur des tracteurs ou encore sur un quad. Cette image a de quoi surprendre mais elle est pourtant une réalité. C'est qu'il faut bien se déplacer dans cette si grande propriété : le monastère compte en effet près de 40 hectares de terres cultivables.
« Le but de notre vie, c'est la présence à Dieu. Notre service, c'est entre 35 et 40 heures de prière formelle par semaine. Il y a aussi 35 heures de travail. Bref, nous en sommes à 70 heures, comme un paysan classique », sourit le frère fermier. Pour autant, la prière reste très présente lors de leurs activités. Il n'est ainsi pas rare de voir des croix à l'étable ou dans la salle de traite. Lui et deux autres religieux sont chargés des champs (céréales à paille, tournesol, luzerne, foin), de l'élevage de bovins, des vergers (pommes, poires, cerises, prunes, pêches, figues et kiwis), du poulailler (250 poules), des 20 ruches ou encore des 3 hectares de noyers. « Nous sommes en polyculture. Pour un monastère, c'est plus intéressant », poursuit-il. D'autres membres de la communauté peuvent aussi leur prêter main-forte lorsque cela est nécessaire.

Un fromage à pâte pressée cuite

Les produits agricoles sont destinés au monastère. Le surplus est cependant commercialisé à la porterie, dans d'autres monastères ou dans certaines boutiques de produits monastiques. Seules les truffes, très présentes en Drôme des collines, ne sont point consommées mais directement vendues. Les céréales – dont certaines sont collectées par la Coopérative drômoise de céréales – peuvent servir à la fabrication du pain ou dans l'alimentation des animaux. Ainsi, c'est tout une gamme de produits qui est proposée aux consommateurs : noix, huile de noix, pain d'épices, pâtisseries, pâtes de fruits, miels ou encore des œufs. Depuis cinq ans, les bénédictins commercialisent leur fromage. Pour garder plus facilement le lait, il est nécessaire de le transformer. Les moines produisent ainsi depuis toujours leur yaourt, la béchamel, du beurre ou encore du fromage. « Nous faisons des fromages de 10 kilos. Pour en faire un, il faut environ 100 litres de lait. Selon la quantité de lait disponible, nous faisons parfois un fromage tous les 15 jours, parfois un ou deux par semaine. Au début, nous faisions du fromage non cuit (à pâte molle). Depuis plusieurs années, nous faisons du fromage à pâte pressée cuite à partir de lait cru. Le fromage est affiné quatre mois dans une cave du château à 12 degrés, puis six mois en chambre froide à 2 degrés », explique le père économe. Force est de constater que cette gamme de produits est variée, mais le profit n'est nullement le but recherché. Les volumes actuels ne seraient d'ailleurs point suffisants face à la demande, car les produits monastiques ont le vent en poupe. « Entre la production et la vente, nous sommes presque indépendants », note le père économe.

Abbaye bénédictine de Notre-Dame de Triors, dans la Drôme.
Si l'activité agricole est importante, les religieux entendent dans tous les cas préserver la nature. « En agriculture, aujourd'hui, la frontière entre accompagnement et assistanat n'est pas toujours simple à discerner. On assiste plutôt que de faire grandir. Se reposer sur les intrants est parfois la solution de facilité. Le bio, c'est vrai, c'est une piste. C'est aussi une mode, et la mode, c'est changeant ! C'est Dieu qui fait grandir, nous essayons simplement d'accompagner la vie. Entre ne pas faire de rendement et ne pas entraver la nature, il faut trouver un juste milieu », ajoute le frère fermier. La communauté a d'ailleurs été sensible au texte récemment publié par le pape François sur l'écologie. Un texte qui a invité les moines à reconsidérer à tout instant leurs manières de vivre et de travailler, « pour se demander ni nous faisions assez pour protéger notre maison commune. »
Aurélien Tournier

Mots clés : ABBAYE NTRE DAME DE TRIOISFROMAGE NOIX MOINES