Publié le 09/04/2020 à 06:00 / Annie Laurie

Covid-19

Face au confinement, les conseillers techniques de la chambre d'agriculture de la Drôme se sont organisés pour continuer à accompagner les agriculteurs, en travaillant différemment. Témoignages.

Mikaël Boilloz,conseiller grandes cultures et
légumes.

Depuis l'entrée en vigueur du confinement, tous les conseillers techniques de la chambre d'agriculture de la Drôme sont en télétravail. Certains, de même que les agents techniques ont cependant une autorisation professionnelle pour se rendre sur le terrain mais sans rencontres physiques.

Grandes cultures, Ppam, légumes : le terrain, une priorité

Cédric Yvin, conseiller Ppam.
 

« On s'est organisés et on continue à travailler », explique Laurent Quadrio, responsable de l'équipe des conseillers « grandes cultures, Ppam* et légumes ». Chacun est parti chez lui avec ses outils de travail et dossiers nécessaires. La première semaine, il a fallu prendre ses marques, changer ses habitudes de travail. « Mais ça se passe bien. Nous travaillons autant qu'avant en essayant d'être aussi efficaces. Et la consigne, c'est de continuer à aller sur le terrain pendant le confinement, sans rencontres physiques bien sûr, appuie Laurent Quadrio. Pour nous, c'est une priorité car les agriculteurs sont moins accompagnés que d'habitude en ce moment. Et ils apprécient car peu de techniciens passent sur le terrain actuellement. » Ainsi, peuvent se poursuivre les mises en place d'essais, les suivis, l'appui technique, les observations pour les bulletins d'avertissement.

Les contacts avec les agriculteurs se font par téléphone, SMS, mails, parfois visioconférences. Et aussi via les réseaux sociaux (« What's app », Facebook...), par exemple pour Mikaël Boilloz, conseiller en grandes cultures et légumes, qui utilisait déjà ce moyen de communication avant le confinement. « C'est un moyen de garder un lien fort, même si je ne vois pas les agriculteurs de visu, observe-t-il. Des suivis étaient lancés, je vais voir les parcelles seul. Je fais aussi des suivis "irrigation" à distance grâce à nos stations météo connectées. » Et Laurent Quadrio ajoute : « Nous envoyons des messages techniques ainsi que des informations liées au confinement. Pour que nos conseils soient pertinents, nous faisons des observations sur le terrain toutes les semaines et nous sommes toujours en relation avec les instituts tels qu'Arvalis, qui restent eux aussi opérationnels. »

Arboriculture et viticulture : garder le lien

Margot Huet, conseillère viticulture Nord-Drôme. Paul Méric, conseiller viticulture sur le Diois.

 

En arboriculture et viticulture, les observations sur le terrain continuent également. Les conseillers font des tournées dans les vergers et vignes, suivent les parcelles de référence, les expérimentations en viticulture et rédigent les « Zoom » (bulletins techniques). C'est ce qu'expliquent Marion Bouilloux, responsable d'équipe pour ces deux filières, et Isabelle Méjean, responsable du programme viticulture, ainsi que référente HVE (haute valeur environnementale) et agrométéo. Les conseillers assurent aussi des appuis techniques mais sans la présence des producteurs. Après visite des cultures, ils les appellent pour un compte rendu. N'étant plus possibles physiquement, l'appui technique collectif et les rencontres bord de champ sont remplacés par des réunions téléphoniques ou des visioconférences. « Les retours des producteurs sont positifs. Ce sont des moyens de garder le lien, de rester en contact même si l'on ne peut se voir », note Marion Bouilloux. A noter aussi, suite au premier gel, un flash spécial risque de gel a été mis en place fin mars.

Julien Vigne, conseiller viticulture Sud-Drôme.  Marie-Véronique Blanc, conseillère viticulture Sud-Drôme.
Et pour les derniers dossiers HVE en cours en viticulture, signale encore Isabelle Méjean, certaines informations peuvent être communiquées par téléphone ou mail. Par contre, les aspects réglementaires liés à la conditionnalité Pac nécessiteront une visite sur place quand le confinement sera levé pour voir le local phytosanitaire, le pulvérisateur, ainsi que les zones tampons au bord de cours d'eau (s'il y en a).

Claire Goral, conseillère spécialisée en arboriculture pendant sa tournée d'observations des vergers dans le cadre du BSV et pour la rédaction du bulletin technique (Zoom arbo).

Elevage : les contacts continuent à distance

« Les contacts avec les agriculteurs et organismes partenaires se poursuivent à distance », indique Christel Nayet, responsable de l'équipe élevage. Les « flashs élevage » sont toujours diffusés tous les quinze jours. Et, les semaines où il n'y en a pas, une information sur l'actualité liée au coronavirus est à présent envoyée aux éleveurs. Tout ce qui demande du présentiel est reporté. Les conseillers suivent des essais, des parcelles mais ne vont pas dans les élevages. Lorsque c'est possible, des informations, comme par exemple des rations, sont envoyées aux éleveurs. Quant au suivi de la pousse de l'herbe, « il est maintenu et permet d'envoyer par mail aux éleveurs le document "Patura", signale Christel Nayet. Il apporte des conseils sur les actions à mettre en œuvre pour une bonne gestion de l'herbe (sortie des animaux, début et arrêt du déprimage, importance de la pousse de l'herbe...) ». Et en collectif, « on travaille beaucoup en conférences téléphoniques ou visioconférences avec nos partenaires instituts sur différentes problématiques, pour ne pas perdre de temps », ajoute-t-elle.
Pour les conversions à l'agriculture biologique, la conseillère ne peut rencontrer les porteurs de projet. Mais elle leur envoie une mallette contenant tous les documents pour comprendre les démarches (mise à jour par rapport aux problèmes actuels). Après les avoir lu, ils peuvent échanger avec Christel Nayet. « Cela permet de ne pas bloquer les projets », commente-t-elle.

Annie Laurie

* Ppam : plantes à parfum, aromatiques et médicinales.

 

Autres services

Des initiatives pour faciliter la vente directe
Les conseillères « circuits courts et agritourisme » de la chambre d'agriculture, elles, travaillent exclusivement par téléphone et internet. Pour aider les agriculteurs en vente directe confrontés à des difficultés liées au confinement, elles ont rapidement réagi et mis en œuvre plusieurs initiatives. L'une d'elles est une cartographie destinée aux consommateurs loc alisant des lieux de vente de produits en circuits courts (régulièrement mise à jour). Au 7 avrl, 160 fermes étaient déjà référencées sur cette carte. Les agriculteurs intéressés peuvent y faire figurer les leurs en remplissant un formulaire. Par ailleurs, un tableur a été créé pour mettre en relation les agriculteurs entre eux en vue d'élargir la gamme de produits proposés aux consommateurs sur un lieu de vente. Les grandes et moyennes surfaces prêtes à commercialiser des produits agricoles ont été recensées : un fichier (tenu à jour régulièrement) est mis à la disposition des agriculteurs. « Des GMS jouent le jeu, souligne Nathalie Seauve, dont certaines sans conditions de prix ». Autre initiative, l'organisation de nouveaux marchés à la ferme sur des espaces privés. Enfin, la liste des marchés alimentaires ayant rouvert est en ligne sur le site internet de la chambre d'agriculture de la Drôme (elle aussi tenue à jour régulièrement). « Quand on trouve des solutions, on se sent utile », note Nathalie Seauve, conseillère diversification et circuits courts. Plus d'informations sur ces initiatives en page 10 de L'Agriculture Drômoise du 2 avril 2020 et sur www.agriculture-dromoise.fr (où sont indiqués tous les liens).
Agritourisme : du soutien et des conseils
Côté tourisme à la ferme, tout est suspendu au moins jusqu'au 15 avril. En ce moment, les agriculteurs ayant des activités dans ce domaine gèrent les annulations et remboursements d'arrhes. Pour eux, « c'est compliqué car c'est une perte sèche et, pour certains, une baisse de revenu importante, constate Lucie Thomas-Armandou, conseillère agritourisme et Bienvenue à la ferme. Je leur conseille de préparer l'après et d'essayer de proposer à leurs clients un report de dates. Je continue aussi à apporter des conseils par téléphone aux agriculteurs ayant un projet agritouristique. Si une visite sur l'exploitation s'impose, elle aura lieu dès la sortie du confinement. »
Annie Laurie 
Mots clés : ORGANISATION DES CONSEILLERS TECHNIQUES CHAMBRE D'AGRIUCLTURE DE LA DRÔME PENDANT LE CONFINEMENT