Publié le 14/07/2019 à 06:00 / Béatrice Dupin

COMPÉTITION

Du 4 au 7 juillet, plus de 60 000 visiteurs ont assisté à la première édition française des championnats du monde de tonte de moutons dans la petite ville du Dorat (Haute-Vienne). Les 300 compétiteurs venus de 34 pays se sont disputé les titres mondiaux dans six catégories. La tonte de moutons s'y est hissée au rang des sports de haut niveau.

Épreuve de tri de laine, une compétition physique et épuisante. Les concurrents sont jugés sur leur rapidité de triage et la qualité de la toison.

Le 7 juillet, le championnat du monde de tonte de moutons, qui se déroulait pour la première fois de son histoire en France, a fermé ses portes. En 4 jours, Le Dorat, petite ville de Haute-Vienne de moins de 2 000 habitants a ainsi accueilli 62 000 visiteurs venus encourager les 300 compétiteurs provenant de 34 pays. En France, la tonte professionnelle manque de notoriété.

Le Mondial de tonte organisé en Haute-Vienne a attiré 318 compétiteurs dont 71 femmes, venus de 34 pays des deux hémisphères.

Un pari un peu fou

Pour Christophe Riffaud, président de l'association pour le mondial de tonte de moutons (AMTM) : « organiser les championnats du monde en France était donc un pari un peu fou ». Fort d'une expérience réussie dans l'organisation d'un tournoi de 56 nations en France, lui et son équipe décident alors d'aller présenter leur candidature en Nouvelle-Zélande lors de la dernière coupe du monde. L'homme, qui a participé à deux championnats du monde en tant que tondeur, a aussi pour ambition de communiquer positivement autour de l'élevage, de populariser cette pratique mais aussi de redonner à la tonte son importance. « Il s'agit d'un métier indispensable pour le bien-être animal », insiste le président. Il espère que l'évènement créera des vocations chez les plus jeunes. En France, le métier de tondeur professionnel est revendiqué par 200 personnes. Après trois ans d'intenses préparations, le rêve du comité organisateur s'est ainsi concrétisé.

« Une véritable fierté » pour Christophe Riffaud.

Christophe Riffaut, président de l’Association et organisateur du Mondial de tonte, a été sacré champion de France de tonte machine.

Le championnat s'est déroulé dans une ambiance festive et conviviale. Durant les « affrontements », les speakers commentaient avec beaucoup de ferveur et les supporters des différentes nations n'hésitaient pas à donner de la voix pour encourager leur champion ; une ambiance qui n'avait rien à envier à un stade de rugby un jour de grand match. Les tondeurs se sont affrontés dans 6 catégories. 5 000 moutons apportés d'élevages situés à moins de 30 minutes du site ont ainsi été tondus, soit 7 500 kg de laine. Klaus Kiefer, juge français et référent machine (tondeur professionnel depuis 42 ans), indique que les tondeurs sont jugés sur différents critères.
Le tondeur gagnant n'est pas forcément celui qui est allé le plus vite puisque les juges vérifient l'état des animaux après la tonte. « Notre jugement se base sur trois principes. Le premier est le respect de l'animal, il ne faut pas le blesser ou le brutaliser. Le deuxième est le respect de la laine. Et le troisième est la rapidité, plus un tondeur va vite, moins il stresse les animaux et plus il rend service à l'éleveur. Quand on va chez un éleveur, si tout le troupeau n'est pas tondu en une journée, le lendemain il faudra aller rechercher les animaux et les retrier », explique le juge.

Un entraînement de sportif

Les françaises Adèle Lemercier et Lucie Granger ont décroché une troisième place en tri de laine, par équipe, une catégorie un peu à part où les concurrents sont jugés sur leur rapidité de triage et sur la qualité de la toison. Les Français Loïc Leygonie et Thimoléon Resneau se sont hissés à la cinquième place en tonte machine par équipe. La Nouvelle-Zélande, l'Écosse et le Pays de Galles ont largement dominé la compétition.

Épreuve de tonte aux forces.
Les tondeurs se sont affrontés dans six catégories. 5 000 moutons ont été tondus soit 7 500 kg de laine.
La tonte professionnelle en compétition est une véritable performance sportive. En finale, les tondeurs mettent moins de 45 secondes pour tondre un animal. « Pour tondre 20 moutons en moins de 20 minutes environ, il faut tenir la forme », confirme Loïc Leygonie. En amont des championnats, les tondeurs se sont donc préparés comme de véritables sportifs. En plus de la préparation physique, le jeune tondeur a, avec un de ces compatriotes et un coach, parcouru la France pour tondre de grands troupeaux. Cela lui a permis de gagner en endurance et en technicité. Comme Christophe Riffaud, il espère que ce championnat aura suscité des vocations.
« Il s'agit d'une bonne vitrine sur l'élevage ovin et la ruralité en général », se félicite-t-il.
En 2022, la 19e édition des championnats du monde se tiendra en Écosse. 

 

L’équipe de France de tonte a eu du mal à rivaliser avec les équipes d’Australie, de Nouvelle-Zélande ou du Pays de Galles.

Tonte et bien-être animal  

Durant les championnats, les tondeurs et les organisateurs n’ont cessé de marteler l’importance de la tonte dans le bien-être animal. En effet, ils expliquent qu’une laine non tondue se transforme en cocon de laine feutrée, humide, qui moisit et accueille de nombreux parasites : tiques, larves de mouches... Si la laine est un excellent isolant quand elle est trop épaisse en période estivale, elle peut provoquer un coup de chaleur pour le mouton, en empêchant l’évaporation de la sueur. Ils indiquent également que l’animal ne souffre pas durant la tonte. La méthode de tonte pratiquée par les professionnels permet à l’animal de se laisser aller et de ne pas trouver de points d’appui pour se relever. Le mouton n’est pas entravé. Il est donc libre de ses mouvements. Le tondeur n’utilise pas la force pour contenir l’animal, on constate que le mouton semble assez tranquille. 
Mots clés : ELEVAGE OVIN MONDIAL TONTE 2019