Publié le 28/09/2018 à 06:00 / Christophe Ledoux

Main-d'oeuvre saisonnière

Pour la troisième fois en moins de quinze jours, FDSEA et JA se sont à nouveau mobilisés afin d'obtenir le maintien des allègements de charges sur les travailleurs saisonniers. Un enjeu à 144 millions d'euros, dont 8 rien que pour les employeurs agricoles drômois.

Pour la troisième fois en moins de quinze jours, FDSEA et JA se sont à nouveau mobilisés afin d'obtenir le maintien des allègements de charges sur les travailleurs saisonniers.
© Journal L'Agriculture Drômoise

Réveil en fanfare pour le préfet de la Drôme, lundi dernier à Valence. A l'appel des FDSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA) de la Drôme, de l'Ardèche et de l'Isère, quelque 200 agriculteurs selon les organisateurs ont manifesté leur colère après la confirmation, la semaine dernière par le Premier ministre, de la fin du dispositif TODE (travailleurs occasionnels - demandeurs d'emploi). Un dispositif spécifique d'exonération de charges patronales en cas d'embauche de salariés saisonniers. Pour cette nouvelle manifestation, dont la date coïncidait avec l'examen du projet de loi de finances pour 2019 en conseil des ministres, plusieurs points de rendez-vous avaient été fixés tôt le matin aux quatre points cardinaux de Valence. De là, sur leurs tracteurs ou véhicules d'exploitation, les agriculteurs ont convergé vers la préfecture, en plein centre-ville. Les premiers sont arrivés aux alentours de 7 heures, mains sur les klaxons.

VIDEO de la manifestation en cliquant ICI

« Faire changer la position du gouvernement »

Au levée du jour, les agriculteurs ont convergé en tracteurs et autres véhicules vers la préfecture de la Drôme, main sur les klaxons.
© Journal L'Agriculture DrômoiseTracteurs et autres véhicules ont stationné devant la préfecture, sur le boulevard Vauban à Valence.
© Journal L'Agriculture Drômoise L'attente des manifestants alors qu'une délégation de responsables syndicaux est reçue par le préfet de la Drôme.
© Journal L'Agriculture Drômoise  

Bien que le Premier ministre ait aussi annoncé une mise en œuvre au 1er janvier 2019 de l'exonération renforcée des charges pour le secteur agricole (au lieu du 1er octobre 2019 pour les autres secteurs), cela n'a en rien calmé la colère des agriculteurs. En effet, selon leurs syndicats, la fin du TODE entraînera un coût supplémentaire de 189 euros par mois par saisonnier à temps plein au Smic. Une situation jugée « insupportable, incompréhensible, inadmissible et incohérente, à même de menacer une multitude d'exploitations agricoles et contraire aux engagements du chef de l'Etat de compenser entièrement la fin du CICE », ont expliqué les responsables syndicaux.« Aujourd'hui, nous sommes à nouveau en action pour faire changer la position du gouvernement », a déclaré Grégory Chardon, président de la FDSEA de la Drôme, face aux adhérents réunis devant la préfecture de la Drôme. En faisant ce choix, le gouvernement décide de la délocalisation de pans entiers de la production agricole : fruits, légumes, horticulture, semences, pépinières, viticulture... » Son homologue ardéchois, Benoît Claret, a exprimé la nécessité de cet accompagnement pour les exploitations « car la concurrence avec les pays qui nous entourent est cruelle », a-t-il dit.

930 000 emplois concernés

Devant le perron de la préfecture de la Drôme.
© Journal L'Agriculture DrômoiseDevant la préfecture de la Drôme, sur le boulevard Vauban entièrement fermé à la circulation.
© Journal L'Agriculture Drômoise« Mort à l'emploi agricole », ont écrit les manifestants sur cette bâche accrochée aux grilles de la préfecture, à Valence.
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Selon Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA, « le gouvernement a fait un choix politique d'enlever l'exonération des charges sociales sur 930 000 emplois en France (120 000 en Auvergne-Rhône-Alpes, 30 000 en Drôme - NDLR). C'est un poids de plus qui va empêcher nos entreprises de poursuivre leur activité. » Et de préciser que, pour l'Ardèche et la Drôme, la fin du TODE représente 12 millions d'euros de charges supplémentaires.
« On ne peut comprendre la position du président de la République d'enlever de la compétitivité à nos exploitations et, en même temps, de faire les Etats généraux de l'alimentation (EGA) pour renforcer, soit-disant, l'agriculture », a expliqué Jérôme Crozat, président de la FDSEA de l'Isère. Sébastien Richaud, président des Jeunes Agriculteurs de la Drôme, a mis l'accent sur la capacité de mobilisation. « Nous sommes là pour montrer au gouvernement que l'on tient à notre agriculture et à nos saisonniers », a-t-il dit. Son homologue ardéchois, Sylvain Bertrand, a rappelé les écarts de coût du travail entre la France et ses voisins européens. Il a aussi pointé les « contradictions » du gouvernement qui, constate-t-il, « impose de nouvelles contraintes aux agriculteurs (comme le retrait de certaines molécules phytosanitaires), souhaite favoriser les productions françaises dans les cantines et la restauration hors domicile, mais augmente le coût du travail ». Et d'ajouter : « Je ne vois pas comment, dans cette situation, on pourra encore installer en agriculture ».

Des charges en hausse de 15 %

Avant et après la rencontre avec le préfet, les responsables syndicaux ont tour à tour pris la parole avec, de droite à gauche, Grégory Chardon (président de la FDSEA Drôme), Jérôme Volle (vice-président de la FNSEA), Sébastien Richaud (président de JA26), Jérôme Crozat (président de la FDSEA Isère), Benoît Claret (président de la FDSEA Ardèche). Egalement présent, Sylvain Bertrand (président de JA07).
© Journal L'Agriculture Drômoise Plusieurs élus étaient présents : la députée Emmanuelle Anthoine, le sénateur Gilbert Bouchet, la présidente du conseil départemental Marie-Pierre Mouton, le vice-président André Gilles ou encore les conseillers départementaux Aimé Chaléon et Annie Guibert. Plusieurs d'entre eux, ainsi que les sénateurs Didier Guillaume et Marie-Pierre Monier, ont interpellé par écrit des membres du gouvernement en leur demandant le maintien du dispositif TODE en 2019.



© Journal L'Agriculture DrômoiseDevant le perron de la préfecture de la Drôme.
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Une étude du CER sur 400 exploitations du sud de la France, spécialisées en pêches et pommes, montre que leur résultat, en moyenne sur trois ans, ne représente que 4 et 5 % de leur chiffre d'affaires. « Le poste main-d'oeuvre, c'est 60 % des charges, précise Bruno Darnaud, président de l'AOP pêches et abricots de France. Avec la fin du TODE, les charges augmenteraient de 15 %. Il n'y aurait donc plus aucun résultat pour ces entreprises. » Ce que craint également Anne-Claire Vial, présidente de la chambre d'agriculture de la Drôme. « L'ensemble des entreprises agricoles de Drôme et Ardèche ayant recours à de la main-d'oeuvre saisonnière seront très impactées par la fin du TODE, souligne-t-elle. Rien qu'en production de semences, filière fortement employeuse de main-d'oeuvre, un tiers de la surface agricole nationale se situe dans ces deux départements. N'oublions pas aussi les pépinières viticoles. Nous devons absolument garder un dispositif TODE pour toutes les filières. » Un point sur lequel elle a interpellé le Premier ministre lors de son intervention devant les présidents de chambres d'agriculture, la semaine dernière à Paris.
Pour la FDSEA et les JA, après les deux précédentes manifestations et une rencontre avec les parlementaires (lire nos précédentes éditions), le mot d'ordre reste le même : le maintien à l'identique du dispositif TODE en 2019. Soit 144 millions d'euros pour la France. Un montant que les organisations syndicales ne veulent pas voir peser sur le budget du ministère de l'Agriculture, déjà rogné de 9 %. « Nous demandons à rencontrer le ministre de l'Agriculture dans les plus brefs délais », précise le vice-président de la FNSEA.

« Nous ne sommes pas là pour dealer »

Après qu'une délégation de responsables syndicaux ait rencontré le préfet de la Drôme, « le combat syndical continuera tant que nous n'aurons pas obtenu gain de cause », a déclaré Grégory Chardon. « La France veut-elle encore des emplois agricoles ? C'est ce que nous avons demandé au préfet en lui remettant, comme la semaine dernière aux parlementaires, un rapport chiffré et bien argumenté sur l'impact de la fin du TODE », a ajouté Sébastien Richaud. « Il faut que le président de la République comprenne que, s'il persiste à supprimer le TODE, ce sera à nouveau une coupure entre la ruralité et la politiques des villes. L'emploi ne se fait pas que dans les villes mais aussi dans les campagnes », a indiqué Jérôme Crozat.
Jérôme Volle est revenu sur l'enjeu économique et social du dossier TODE. « Nous avons fait le choix ici en Drôme, Ardèche et Isère de l'emploi local et non du travail détaché car nous pensons que l'emploi est une solution pour l'agriculture et inversement. Nous avons rappelé au préfet de la Drôme, qui relaie nos demandes auprès du gouvernement, que le maintien du TODE est vital car les 144 millions d'euros de ce dispositif ne seront pas compensés par les allégements de charges renforcés annoncés par le gouvernement. Il ne peut y avoir de monnaie d'échanges dans ce dossier. Nous ne sommes pas là pour dealer ni pour négocier des compensations filière par filière. Nous voulons juste le maintien de compensations liées à une compétitivité européenne déloyale. »

Christophe Ledoux

D'autres manifestations dans le Sud de la France /

Plusieurs centaines d'agriculteurs à Valence, Avignon, Villefranche-sur-Saône ou encore Perpignan, ont manifesté le 24 septembre contre la suppression de l'exonération des charges pour les travailleurs saisonniers, annoncée par le gouvernement dans le cadre du budget 2019. Arboriculture, maraîchage, viticulture, horticulture ou production de semences, « c'est l'avenir de pans entiers de la production agricole française qui est en jeu » si l'exonération des charges pour les travailleurs saisonniers n'est pas rétablie, ont averti les responsables syndicaux des FDSEA et Jeunes Agriculteurs.
A Avignon, les agriculteurs venus du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône et du Var ont manifesté devant la préfecture. A Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône. A Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône.A Agen, dans le Lot-et-Garonne, devant la préfecture.
 
Mots clés : MAIN-D'OEUVRE EMPLOIS SAISONNIERS DISPOSITIF TODE MANIFESTATION FDSEA JA 26