Publié le 09/08/2018 à 06:00 / Christophe Ledoux

Main-d'oeuvre saisonnière

Dans le cadre des ses visites d'entreprises drômoises, le préfet de la Drôme s'est rendu sur une exploitation arboricole. Les conséquences de la suppression du dispositif de réduction de charges salariales TODE ont constitué l'essentiel des échanges. La FDSEA a annoncé qu'elle se battra pour conserver cette mesure ou son équivalent.

Dans le verger de poiriers de l'EARL de la Terrasse à Larnage, autour de Jean-François Vassy : Julie Lagrave (stagiaire de l'ENA à la préfecture de la Drôme), Dominique Cros (directrice de l'unité Drôme de la Direccte), Grégory Chardon (président de la FDSE...

Près de 30 000 saisonniers travaillent dans des exploitations drômoises. Arboriculteurs, maraîchers, multiplicateurs de semences, viticulteurs et bien d'autres productions font appel à cette main-d'œuvre pour les travaux de cueille principalement, mais pas seulement. Chaque année, lorsque vient le moment de recruter, le stress gagne les employeurs. Car le temps où pléthore d'étudiants cherchaient en masse un job d'été dans les exploitations agricoles semble bel et bien révolu. « Le manque de motivation est flagrant », expliquent Jean-François Vassy et son épouse face au préfet venu le 3 août visiter leur exploitation - l'EARL de la Terrasse - située sur les hauteurs de Larnage. Alors, comme d'autres arboriculteurs, ils complètent leurs équipes avec de la main-d'œuvre étrangère venue de Pologne, Bulgarie et Espagne. La quasi-totalité est logée sur l'exploitation, dans des bâtiments en dur ou sous tente pour les contrats de courte durée.

13 000 à 15 000 euros de surcoût

Pour l'EARL de la Terrasse, qui comptabilise 10 000 heures de travail saisonnier, Jean-François Vassy estime l'impact de la fin du dispositif TODE de 13 000 à 15 000 euros !
© journal L'Agriculture Drômoise

Au cœur de cette saison caniculaire, une autre inquiétude pointe après l'annonce du gouvernement de supprimer le dispositif TODE (travailleurs occasionnels - demandeurs d'emploi). « Cette mesure mise en place en 2009 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, après une crise aigüe en arboriculture, a amélioré la compétitivité des exploitations, a rappelé Grégory Chardon, président de la FDSEA de la Drôme. On a pu retrouver du revenu. Ensuite, sous le gouvernement de François Hollande, a été créé en 2012 le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) qui s'est avéré être une bonne mesure grâce au cumul avec TODE. Avec la présidence d'Emmanuel Macron, sont annoncés pour 2019 la fin des dispositifs CICE et TODE, lesquels seront convertis en réduction de charges supplémentaires. » Mais le compte n'y sera pas selon la FDSEA qui chiffre l'impact du changement de 1,30 à 1,50 euro de coût supplémentaire par heure de travail saisonnier. « Rien que pour la Drôme, cela représente 8 à 9 millions d'euros de surcoût pour les exploitations agricoles spécialisées », a expliqué Grégory Chardon. Pour l'EARL de la Terrasse, qui comptabilise 10 000 heures de travail saisonnier, Jean-François Vassy estime l'impact de 13 000 à 15 000 euros !

Le spectre du travail détaché

Jean-François Vassy a présenté son verger de pommiers sous filets paragrêle. L'occasion d'aborder l'importance des aides financières pour permettre d'investir dans ce type de protection.
© journal L'Agriculture Drômoise

Des conséquences sont à prévoir sur les coopératives et autres structures collectives. « Et cela risque de favoriser le travail détaché par l'intermédiaire de sociétés d'intérim étrangères », a fait remarquer Grégory Chardon. Un phénomène jusqu'ici contenu dans la Drôme où, selon la directrice de l'unité Drôme de la Direccte*, Dominique Cros, ne sont recensés à l'heure actuelle que 600 à 700 équivalents temps plein (ETP) en détachement.
Avec un coût de main-d'œuvre renchéri, une autre crainte est de perdre en compétitivité face aux concurrents italiens et espagnols, « lesquels bénéficient, qui plus est, de contraintes environnementales moins fortes », a fait remarquer Jean-François Vassy. Lui et Grégory Chardon ont expliqué au préfet que des fruits bio provenant d'Italie sont traités avec un produit interdit en France. « On marche sur la tête », s'est exclamé Jean-François Vassy, qui demande que les produits importés soient soumis aux mêmes règles que celles en vigueur sur le territoire français.

Perte de compétitivité

Dans l'Hexagone, 870 000 contrats sont concernés par le TODE dont la suppression entraînerait une perte sèche de 144 millions d'euros pour les agriculteurs. Comme l'a rappelé dernièrement la FNSEA au chef de l'Etat, ainsi qu'au Premier ministre, employer en France des travailleurs saisonniers coûtent 37 % plus cher qu'en Italie par exemple. Ce surcoût du travail occasionnel a entraîné une forte augmentation des importations de fruits et légumes : + 50 % sur les légumes et + 67 % sur les fruits en dix ans. « Nous nous battrons fermement pour empêcher la suppression de l'exonération TODE ou son équivalent », a d'ores et déjà prévenu le président de la FDSEA de la Drôme.

Christophe Ledoux

* Direccte : direction régionale des entreprises, de la concurrence, du travail et de l'emploi.

 

Saison 2018 /
Satisfaisante en pêche mais pas en abricot

« La saison des pêches se déroule très bien, a indiqué Jean-François Vassy au préfet de la Drôme. Ce qui n'est pas le cas en abricot où les volumes sont moindres du fait d'aléas climatiques, particulièrement dans le Sud-Drôme. Avec beaucoup de pluie puis une hausse fulgurante des températures, la qualité des fruits a été impactée. De plus, cela a entraîné un télescopage des variétés précoces françaises avec toutes celles des régions européennes productrices. Malgré le manque de volume, les prix en abricot sont insuffisamment rémunérateurs. L'an dernier, c'était le même phénomène mais dans un contexte de volumes élevés. Mon coût de production pour des fruits livrés au quai de Rhodacoop s'élève à 0,60 euro le kilo, a expliqué l'arboriculteur. Or la rémunération en 2017 a été de 0,55 euro. Sur 400 tonnes livrées, cela a représenté un gros manque à gagner. Dans ces conditions, c'est compliqué de réinvestir, de renouveler le matériel. »

 

Repères /
L'EARL de la terrasse

37 hectares orientés principalement en arboriculture : 23 ha d'abricotiers, 3 de cerisiers, 2,5 de pommiers et 1,5 de poiriers. S'ajoutent 2 ha de vignes AOC Crozes-Hermitage. Le reste en cultures diverses et jachères.
Volumes moyens : 400 à 500 tonnes d'abricots, 20 à 25 t de cerises, 50 t de poires, entre 50 et 100 t de pommes.
Commercialisation : tout en coopératives. Pour les fruits : Rhodacoop. Pour le raisin, Cave de Tain.
Emploi : une vingtaine de saisonniers (jusqu'à 50 lors du pic de récolte de l'abricot bergeron). L'exploitation recherche un permananent.
Mots clés : ARBORICULTURE MAIN-D'OEUVRE TODE EMPLOIS SAISONNIERS