Publié le 13/09/2018 à 06:00 / Béatrice Dupin

MAIN-D’oeUVRE SAISONNIÈRE

La FDSEA, associée aux Jeunes Agriculteurs, avait appelé à une mobilisation pour réclamer le maintien du TODE, mettre la pression sur le gouvernement et sensibiliser l’opinion publique. Environ 150 agriculteurs se sont ainsi réunis à Valence ce mardi.

Plus que jamais décidés à défendre leur métier, les agriculteurs ont aimé échanger avec les automobilistes à propos de leur mobilisation et inquiétudes.

Vidéo de la manifestion en cliquant ici

 

A 9 heures, ils n'étaient qu'une poignée sur les parcelles de Grégory Chardon, à La Roche-de-Glun. L'arboriculteur et viticulteur, par ailleurs président de la FDSEA 26, avait accepté que des pêchers - plus d'une centaine - soient coupés dans son verger. Peu après, le ballet des tractopelles commençait. Il fallait en outre évacuer les arbres et les transporter vers Valence. Lesquels ont pris place sur un rond-point de Valence-Sud aux alentours de 13 h 30.

Couper des arbres fruitiers, un acte fort.

 

Des agriculteurs de toute la région

Ce mardi 11 septembre, la FDSEA de la Drôme a en effet organisé une opération visant à sensibiliser l'opinion publique sur la nécessité de maintenir le dispositif TODE, à l'heure où le gouvernement souhaiterait le supprimer. Il s'agissait aussi de montrer les forces vives. « On fait une action de communication pour montrer au gouvernement les enjeux majeurs concernant le dispositif TODE, et lui mettre la pression. Deux cent quarante euros par mois pour un saisonnier en charges supplémentaires, c'est intenable. On ne sera plus compétitif », a notamment martelé Grégory Chardon, lors de la manifestation.
Ainsi, ce sont près de 150 agriculteurs qui s'y sont déplacés. Si de nombreux Drômois étaient présents dans les rangs, d'autres professionnels originaires de la grande région (Isère, Rhône, Loire, Ardèche...) étaient aussi représentés. Parmi eux, Sylvain Bertrand, président des JA de l'Ardèche. « La mobilisation était régionale, nous avons répondu à l'appel. Il nous faut nous regrouper pour une action de grande ampleur. Beaucoup d'agriculteurs sont en arbo et viti, ce n'était pas facile de mobiliser car nous sommes en pleines vendanges », relate-t-il. Mais les Ardéchois étaient néanmoins venus nombreux. Outre Benoît Claret (président de la FDSEA 07), Jérôme Volle, viticulteur à Valvignières (Ardèche) et vice-président de la FNSEA, avait également tenu à être là. « J'emploie des saisonniers, je défends l'exonération des charges sociales. Je défends aussi les employeurs de salariés saisonniers et permanents. Il faut privilégier l'emploi et l'activité économique locale : l'exonération des TODE permet cela », a-t-il notamment déclaré.
Les élus de la FRSEA ont également pris la parole. « Tant que nous n'aurons pas de prix, nous nous battrons sur les exonérations de charges », a souligné Claire Merland, présidente de la commission régionale emploi à la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes. Son président, Michel Joux, n'a pour sa part point caché son inquiétude. « On demande depuis plusieurs mois de mettre en place des mesures pour la rentabilité, a-t-déclaré. Les EGA - qui devaient nous permettre d'avoir des relations commerciales équilibrées – patinent. On risque de ne pas avoir grand chose de concret. Il y a beaucoup d'incertitudes sur ce texte-là. Et là, on va avoir des charges qui vont s'alourdir. L'agriculture française va se déliter car elle ne gagnera plus sa vie. »

Jérôme Volle, Grégory Chardon, Michel Joux, Claire Merland et Benoît Claret pendant les prises de parole.

D'autres actions à venir

Le bilan de cette opération est en tout cas jugé positif par Grégory Chardon. « C'est une action forte, nous avons marqué des points. Il y avait beaucoup de monde, nous avons pu sensibiliser les automobilistes. Ils étaient réceptifs à nos revendications », note-t-il notamment. « Globalement, la population était avec nous », confirme Régis Aubenas. Les conducteurs, malgré une circulation ralentie, ont en effet tenu à exprimer leur soutien aux agriculteurs. « Je suis indépendant, j'ai le même problème de vous », « bonne chance, bon courage », « vous avez raison », « bien sûr que je vous comprends », pouvait-on par exemple entendre. Et, outre des tracts, des fruits ont été distribués. Pour le plus grand plaisir des gourmands.
Mais cette opération n'est qu'une première étape, comme n'a pas manqué de le rappeler Grégory Chardon, qui compte encore sur la mobilisation des agriculteurs. Le 17 septembre prochain, la FDSEA26 rencontrera plusieurs parlementaires à Saint-Marcel-lès-Valence. L'occasion d'aborder avec eux cet enjeu économique. Des députées se seraient excusées. « Si nous n'avons pas de retour, nous irons devant leurs permanences », prévient Grégory Chardon. Un rendez-vous sera demandé au préfet de la Drôme. D'autres actions syndicales doivent également voir le jour. Les JA 26 réfléchissent d'ailleurs à une opération pour les jours à venir. 
A.T.

 

 

Maintien du TODE  : pourquoi ils se mobilisent

Jérôme Dorier, 55 ans, Saulce-sur-Rhône :« Cela amputera nos investissements »
« Maintenir cette aide, c’est très important. J’ai 55 hectares de vergers (kiwi, abricot, pêche et pomme). Chaque année, je comptabilise 23 000 heures de travailleurs saisonniers. Si on remet en cause les allégements, je vais perdre 1,40 euro de l’heure, soit entre 30 000 et 35 000 euros au total par an. Cela amputera nos investissements : je couvre avec des filets entre un et deux hectares de vergers par an pour les protéger des aléas climatiques, je renouvelle aussi entre trois et quatre hectares de vergers. C’est parce que j’ai envie de continuer à produire des fruits et pour pouvoir, plus tard, transmettre mon exploitation que je suis présent ce mardi », souligne-t-il.
Aurélien Esprit, 28 ans, Pont-de-l’Isère : « On ne peut plus se laisser faire »
Installé depuis le 1er janvier 2017, Aurélien Esprit a repris l’exploitation familiale et cultive 8,5 hectares de vergers. « À un moment, on ne peut plus tout accepter et se laisser faire. Aujourd’hui, de nombreux efforts sont demandés aux agriculteurs. Tout ça, avec de moins en moins d’aides, avec le recours à de plus en plus de personnel, et en étant de moins en moins compétitifs. Nous avons de moins en moins de marge de manœuvre. En pleine saison, avec dix personnes qui travaillent huit heures par jour, cela va me faire 120 euros en plus la journée. Je ne pouvais pas rester chez moi ce jour voir mon métier se faire humilier », explique-t-il.
Anthony Oboussier, 30 ans, Alixan : « La mort de nos activités »
« Aujourd’hui, je vais manifester pour défendre la cause paysanne et notamment les employeurs de main-d’œuvre saisonnière. Je possède 17 hectares de vergers. Certes, il y a beaucoup d’arboriculteurs réunis ce mardi mais ça peut aussi toucher les viticulteurs et maraîchers. Tout le monde est concerné. Clairement, si le gouvernement supprime cette aide, j’ai peur que ce soit la mort de nos différentes activités à tous. Un surcoût de 1,40 euro par heure travaillée n’est pas supportable dans nos entreprises. Cette exonération avait été créée pour que le monde agricole soit plus compétitif par rapport à nos voisins européens. Mais, même avec celle-ci, on se rend compte que le coût du travail reste moins cher ailleurs, en Espagne et Italie notamment », indique-t-il.
Mickaël Rochas, 41 ans, La Roche-de-Glun : « On ne souhaite pas arrêter »
« Je suis venu soutenir notre filière et pour contester la suppression du TODE. L’agriculture française est à un tournant, précurseur dans beaucoup de choses comme la traçabilité ou la qualité. Nous avons toutes les cartes en main pour être leader européen. Il ne faut donc pas qu’on alourdisse les charges. Nous avons 15 hectares de vigne, 7 à 8 d’arbres fruitiers. Les fruits font partie de l’ADN de notre exploitation et on ne souhaite pas arrêter. »

Mots clés : MANIFESTATION CHARGES SOCIALES MAIN D OEUVRE SAISONNIER FDSEA - JA DRÔME TODE