Publié le 07/06/2018 à 06:00 / Annie Laurie

Innov'action

A l'initiative de la chambre d'agriculture de la Drôme, une rencontre de terrain sur le binage et la fertilisation de précision à l'aide de systèmes d'autoguidage a dernièrement eu lieu.

Lors de la rencontre Innov'action chez Rémi Colombet, dont la bineuse est autoguidée.

Le 24 mai, un rendez-vous Innov'action était dédié au binage et à la fertilisation de précision grâce aux systèmes d'autoguidage. Il a été organisé par Marie-Pascale Couronne et Kévin Debregeas, conseillers à la chambre d'agriculture de la Drôme, respectivement spécialisés en agronomie-environnement et en grandes cultures-ppam(*). Cette rencontre s'inscrit dans le programme d'action des captages prioritaires de la plaine de Valence (captages des Couleures et Tromparents). Une action portée par la régie Eau de Valence, dont le volet agricole est animé par Valence Romans Agglo. Dans ce cadre, un groupe d'agriculteurs s'est formé sur l'agriculture de précision dont fait partie l'autoguidage.
Etaient ce jour-là prévues une démonstration de binage avec guidage RTK, chez Rémi Colombet (membre de ce groupe) à Chabeuil, puis une autre de localisation d'engrais, chez Christophe Ollat à Alixan. Annulées en raison de sols trop humides, elles ont été remplacées par des présentations et échanges sur l'exploitation du premier. Une démonstration de binage avec guidage RTK a tout de même été possible en fin d'après-midi chez Bernard Perrot (agriculteur bio), à Chabeuil.

Démonstration de binage avec guidage RTK chez Bernard Perrot (Chabeuil).

Précision et confort

Autour de la bineuse autoguidée de Rémi Colombet.

Présente à cette rencontre, Caroline Desbourdes, spécialiste en agriculture de précision au sein d'Arvalis-Institut du végétal, rappelle : « L'objectif global de l'autoguidage est d'optimiser les passages dans les champs, de limiter les recoupements et les manques entre chaque aller-retour. Les systèmes de guidage assisté apporte du confort de travail à l'opérateur, qui peut se concentrer sur l'outil plutôt que sur la conduite du tracteur. La fatigue est diminuée. Et la précision est la même de nuit comme de jour. Les plages d'intervention sont donc plus larges ».
Deux types d'asservissement sur la direction du tracteur existent. S'il est hydraulique, il valorise mieux la précision du signal. En RTK, par exemple, elle est de deux centimètres. Avec un moteur électrique, elle est de l'ordre de quatre à six centimètres.

Dans la cabine du tracteur, Caroline Desbourdes (Arvalis-Institut du végétal) explique le fonctionnement de l'autoguidage sur la console.

RTK : « le top »

« Le RTK est le seul système permettant de revenir exactement aux mêmes endroits pour le semis et le binage. C'est le top », souligne Caroline Desbourdes. Les corrections sont transmises soit par radio, soit par téléphone portable. Dans le premier cas, une base de même marque que l'autoguidage située dans un rayon de dix kilomètres est nécessaire, ainsi que l'absence d'obstacles (haies, forêts, collines...). La transmission par téléphone, elle, est normalement compatible avec toutes les marques d'autoguidage et, pour certains systèmes, il est possible de s'affranchir des notions de distance ainsi que de topographie. Néanmoins, avant d'investir, il recommandé de vérifier si la correction du signal passe. Il ne faut pas être dans une zone blanche (non couverte par le réseau de téléphonie mobile). Cependant, les modems de guidage reçoivent mieux les signaux qu'un simple téléphone portable, fait remarquer Caroline Desbourdes.

Des économies

Avec le guidage RTK, les lignes sont très régulières.

En conduite classique, « les recouvrements représentent 4 % de la surface en semis, 5 % en récolte de céréales et 6 % en travail du sol, précise encore la spécialiste. L'autoguidage permet de les minimiser. Le gain économique est de 10 euros par hectare par an en rotation de céréales, de 23 euros pour des cultures à valeur ajoutée plus élevée et même davantage pour des productions comme les semences. » S'ajoutent des économies d'intrants grâce au binage de précision.
Outre le RTK, d'autres corrections existent, moins précises. Elles peuvent suffire pour des travaux du sol ou autres opérations moins contraignantes que le binage qui, lui, demande une grande précision (revenir aux mêmes endroits).

Annie Laurie

(*) Ppam : plantes à parfum, aromatiques et médicinales.

 

Illustration/ Rémi Colombet et Christophe Ollat, deux agriculteurs satisfaits du guidage GPS.
Des exemples d'autoguidage
Rémi Colombet estime le RTK « parfait et super-pratique ».
Rémi Colombet cultive 50 hectares en bio (céréales, semences...). Depuis deux ans, il utilise l'autoguidage RTK par transmission radio (antenne en co-propriété) avec asservissement hydraulique. « J'ai acheté l'équipement d'occasion, a-t-il indiqué. Le RTK est parfait. C'est super-pratique. Cette technologie permet un binage très proche du rang. Le gain en confort est indéniable et la limitation des recoupements est vraie dans toutes les interventions. »
La désherbineuse de Christophe Ollat (photo prise en 2016). Elle était alors guidée avec des palpeurs (remplacés par le GPS) et équipée pour la fertilisation localisée, le désherbage chimique sur le rang et le semis de couverts végétaux entre les rangs (aujourd'hui abandonné).
Christophe Ollat, lui, pratique le désherbinage depuis plusieurs années (exploitation en agriculture conventionnelle). Il désherbe chimiquement en localisé sur quinze centimètres de chaque côté du rang et bine l'inter-rang, a expliqué Marie-Pascale Couronne. Le pulvérisateur est monté sur le relevage avant du tracteur et le semoir d'engrais à l'arrière, sur le chassis de la bineuse. Le désherbage chimique est régulé par DPA (régulation proportionnelle à l'avancement). Cet agriculteur n'apporte pas d'engrais azoté au semis mais aux stades quatre puis huit feuilles du maïs, en localisé avec la bineuse. Ainsi, l'urée est aussitôt enfouie. Les pertes par volatilisation sont donc limitées. En plus, l'engrais profite à la culture et non aux adventices poussant dans les inter-rangs. A l'origine, des palpeurs guidaient la bineuse. Ne donnant pas satisfaction sur maïs de quatre feuilles, Christophe Ollat est passé au guidage GPS (mais pas RTK). Cet équipement lui donne une précision d'intervention pour tous ses matériels. Il la juge suffisante pour son système de culture, le binage n'ayant pas à être aussi précis qu'en agriculture biologique.
A. L.

 

Localiser l'azote au binage /
Des intérêts agronomiques et environnementaux
Marie-Pascale Couronne, conseillère spécialisée en agronomie-environnement à la chambre d'agriculture de la Drôme.
Marie-Pascale Couronne, conseillère chambre d'agriculture, a mis en avant les atouts de la fertilisation localisée au binage :
- Meilleure efficience de l'azote : pertes par volatilisation limitées (enfouissement), moindre sensibilité aux conditions sèches, économie envisageable de 10 % d'engrais azoté, réduction des risques de lessivage des nitrates.
- Des phénomènes de brûlure des plantes évités.
- Un développement des adventices freiné car seule la zone préférentiellement explorée par les racines des plantes cultivées reçoit l'engrais azoté.

 

Mots clés : INNOV'ACTION CHAMBRE D'AGRICULTURE DE LA DRÔME BINAGE DE PRÉCISION AVEC AUTOGUIDAGE ET FERTILISATION LOCALISÉE