Publié le 05/04/2018 à 12:30 / Béatrice Dupin

Congrès FNSEA

La première année de mandat a été active pour la nouvelle équipe dirigeante de la FNSEA. Elle a notamment été marquée par les travaux menés dans les deux chantiers des États généraux de l’alimentation. La FNSEA a donc profité de son congrès, du 27 au 29 mars à Tours, pour présenter aux 1 000 congressistes les actions menées en 2017 et ses projets.

La FNSEA veut cultiver l’esprit de la gagne

«Nous avons du pain sur la planche mais nous ne renoncerons pas, nous continuerons à nous battre » a affirmé Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, avant de présenter le rapport d'activité de la FNSEA, qui s'est déroulé à Tours du 27 au 29 mars. La première année pour l'équipe dirigeante de la FNSEA, élue il y a un an au congrès de Brest. Le secrétaire général a rappelé que le contexte économique était pesant, avec des prévisions du chiffre d'affaires 2017 de la Ferme France, qui sont mauvaises, faisant suite à une baisse de 7 % entre 2015 et 2016. Cette première année a été marquée par de nombreux travaux, notamment en raison de la tenue des États généraux de l'alimentation (EGA), dont le premier chantier était consacré à la répartition de valeur, un des thèmes de campagne de l'équipe élue l'an dernier. Serge Papin, président-directeur général de Système U, en dépit de l'attentat survenu dans un magasin Super-U, la semaine précédente, avait maintenu sa venue au congrès. Il a plaidé pour l'instauration de « prix référents » dans le cadre des relations commerciales dans les filières alimentaires, en attendant que des indicateurs de coûts de production soient proposés par les interprofessions, comme le prévoit le projet de loi EGAlim en cours d'examen.
« La mise en place des indicateurs de coûts de production va être compliquée, nous devrions en passer par des prix référents, a-t-il lancé. Cela permettrait de trouver un compromis sur certaines grandes matières premières, comme le porc, le lait ou la viande bovine ». Le distributeur estime que les interprofessions ne sont pas prêtes à produire des coûts de production, évoquant notamment la nécessité d'établir des « comités de suivi ». Pour Serge Papin, le « prix référent permettrait de faire bouger les choses en attendant que les interprofessions se réforment ». La loi alimentation, qui découle des travaux des EGA, sera présentée à l'Assemblée nationale fin mai. Lors de son discours, Stéphane Travert a annoncé que ce nouveau cadre devrait s'appliquer dès l'automne.
Aux distributeurs, qui « s'inquiètent » de ce projet, il a redit que la hausse du SRP, la fin des promotions abusives vont entraîner des hausses de marge et de chiffre d'affaires pour eux. « Il n'y a aucune fatalité à ce que ces hausses se traduisent par une augmentation globale des prix pour le consommateur », insiste-t-il.
Le deuxième chantier des EGA a aussi mobilisé le syndicat. Il a répondu aux attentes sociétales envers l'agriculture en proposant le contrat de solutions, avec plus de 35 organisations, afin de rassembler les initiatives qui permettent de réduire l'utilisation de produits phytosanitaires. Mais les États généraux n'ont pas été la seule actualité à rythmer l'année syndicale.

Serge Papin, Président-directeur général de Système U et Patrick Bénézit, secrétaire général de la FNSEA.

« Entre prédateurs et éleveurs : il faut choisir ! »

La prédation a aussi mobilisé les équipes du syndicat en région et à Paris. S'agissant du plan loup, une manifestation avait notamment été organisée devant Matignon en décembre. Ce plan ne satisfait en effet pas la FNSEA : elle estime qu'il ne protège pas la ruralité et les éleveurs. Dans son discours de clôture, Christiane Lambert, a évoqué la volonté du gouvernement de réintroduire deux ourses dans les Pyrénées. Une initiative qui déplait à la présidente de la FNSEA, « entre prédateurs et éleveurs il faut choisir », a-t-elle assuré, sous les applaudissements des congressistes.
Le dévoilement de la nouvelle carte des zones défavorisées simples (ZDS) a également fait réagir le monde agricole.
Le président de l'UDSEA Indre-et-Loire, Dominique Malagu, estime que dans son département, cette nouvelle carte va avoir des conséquences importantes sur la viabilité des exploitations.

ZDS : « des critères incompréhensibles »

Pour Christiane Lambert, les critères d'exclusions et d'inclusions des ZDS sont incompréhensibles. « Je ne peux passer sous silence le trou de 853 millions d'euros de l'ICHN qui vous ont conduit à opérer un transfert supplémentaire du 1er au 2nd pilier », a-t-elle déclaré.
Se voulant rassurant, le ministre de l'Agriculture s'est dit opposé à de nouveaux transferts. Les conditions climatiques et la lutte contre les aléas ont également été des sujets de préoccupation pour la FNSEA. Fin 2017, Omnibus a doté l'Europe d'une nouvelle palette d'outils pour permettre aux agriculteurs de se prémunir contre les aléas climatiques. Evoquant l'avenir de la politique agricole commune, la présidente de la FNSEA estime qu'il est possible de repenser un projet agricole européen autour de trois axes : compétitivité, durabilité et résilience. Stéphane Travert a affirmé la volonté du gouvernement de préserver le budget de la Pac et de s'opposer au cofinancement des paiements directs. Durant les diverses interventions, le numérique et le digital, la compétitivité ont également été évoqués. Sur tous les sujets la FNSEA a présenté les actions menées mais surtout ses perspectives pour l'avenir, mettant ainsi en avant sa volonté d'être un syndicat en mouvement et porteur de solutions. 

 

Le 72e congrès de la FNSEA s’est achevé sur les discours de Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, et de Christiane Lambert, présidente de la fédération, qui a bousculé le protocole. Les sujets de discorde n’ont pas manqué.

Faute de budget, Stéphane Travert manque d’arguments

A Tours, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert semblait une nouvelle fois mis, par son gouvernement, dans l’incapacité de répondre budgétairement aux attentes de la FNSEA, qui demande, sous divers moyens, que l’on redonne des latitudes financières aux exploitations françaises, pour être plus compétitives et investir. Sur l’assurance récolte, la présidente de la FNSEA demandait que la France utilise la possibilité donnée par le règlement européen Omnibus d’abaisser le seuil de déclenchement subventionnable à 20 % et d’augmenter le taux d’aide jusqu’à 70 %.
S. Travert : « Toutes ces demandes ont un coût »
Le ministre de l’Agriculture a expliqué qu’il entendait bien mais ne donnerait pas suite aux demandes récurrentes sur l’abaissement des seuils de déclenchement de l’assurance récolte ou le rehaussement des taux de subvention. « Toutes ces demandes ont un coût, a-t-il expliqué. Je ne donnerai pas suite aux demandes formulées dans le cadre de cette période de programmation ». Déception de la FNSEA : « Cela n’a pas un coût exorbitant, il faut le mettre en œuvre pour la prochaine campagne », a insisté Christiane Lambert. Sur le plan d’investissement de 5 milliards d’euros, le ministre de l’Agriculture s’est évertué à convaincre les congressistes qu’il était consistant, qu’il comprenait « des financements importants [...] maintenus sous la forme de subventions ». En vain. « C’est flou, s’est exaspérée Christiane Lambert, en conférence de presse. Il répète et répète à l’envi : “5 milliards, 5 milliards”. Mais il n’y a aucun argent frais, c’est recyclé. Ce sont des dispositifs de garantie, mais ce n’est pas de l’argent frais. Cela risque de faire pschittt ! J’ai vraiment le regret que l’on soit dans une situation où ça va faire pschittt. »
Que la fiscalité serve à la relance
Même lorsque l’État crée un dispositif en faveur des agriculteurs, comme c’est le cas pour l’assurance chômage étendue dans le secteur agricole, la FNSEA reste dubitative. « Il va créer une assurance chômage qui va créer 4 points de cotisations sociales alors qu’il a déjà retiré 7 % de compétitivité puisqu’il a déjà supprimé les 7 points qu’avait donnés Manuel Valls », a estimé la présidente de la FNSEA. Le gouvernement dément et assure qu’à court terme, la création de cette assurance est financée uniquement par la hausse de la CSG, assise sur l’ensemble des revenus des Français. La FNSEA précise que sa crainte réside dans le déficit de la caisse d’assurance chômage. Elle redoute que les agriculteurs ne doivent à terme la combler. La FNSEA a donc affiché des demandes fortes pour le prochain projet de loi de finances, notamment après que le ministre de l’Économie a pris l’initiative de lancer un chantier spécifique sur la fiscalité agricole. « L’objectif de cette réforme devra être la relance de la compétitivité », a lancé Christiane Lambert, avant de s’inquiéter de rumeurs concernant les exonérations de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) ou des plus-values.
Zones défavorisées :  pas de « compensation à l’euro près »
Hasard ou non, le ministre de l’Agriculture a fait deux annonces allant dans le sens de la FNSEA, durant ce congrès, qui ont le point commun de n’engager aucune dépense supplémentaire : la création d’une mission du CGAAER* sur l’avenir des zones intermédiaires et le statu quo sur le paiement redistributif. Il a par ailleurs rappelé que des compensations seraient prévues pour les régions sortant des zones défavorisées simples (ZDS), dont les agriculteurs se sont fortement fait entendre, notamment ceux des Deux-Sèvres. Il a aussi annoncé « un travail de fourmi » dans les mois à venir, pour y « accompagner » des projets. « Ce ne sera pas une compensation à l’euro près », a-t-il ensuite précisé en conférence de presse. En résumé, la FNSEA est « très déçue de la non-écoute sur des sujets capitaux pour la compétitivité de l’agriculture », a résumé la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert. « Sur les États généraux de l’alimentation, c’est positif. Mais quand on voit comment les autres pays foncent avec leur agriculture, nous, on continue à avoir des boulets aux pieds. Pire même, le ministre crée de nouveaux boulets ! »
Satisfecit de la FNSEA sur les EGA, espoir sur les phytos
Fait rare, la présidente de la FNSEA a repris la parole après le discours de Stéphane Travert, rompant avec le protocole qui laisse traditionnellement au ministre de l’Agriculture le dernier mot. Elle a ainsi pu exprimer ses déceptions et ses satisfactions. Au rang des satisfactions, le projet de loi issu des États généraux de l’alimentation qui, dans sa partie sur les relations commerciales, reprend une partie des mesures attendues par le syndicat majoritaire. Mais aussi l’inflexion ressentie par la FNSEA sur le sujet des pesticides et du glyphosate en particulier, dont Christiane Lambert a de nouveau demandé le report de son interdiction.
La veille, l’élu en charge du dossier phytos à la FNSEA, Éric Thirouin, se félicitait de l’adhésion des pouvoirs publics au Contrat de solutions. 
* CGAAER : Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux.
Mots clés : CONGRES FNSEA 2018 TOURS