Publié le 18/03/2018 à 06:00 / Béatrice Dupin

la Maison de la Céramique de Saint-Uze

La céramique est un terme générique qui désigne les objets en terre façonnés par l’Homme et qui sont cuits. La porcelaine, la faïence ou encore le grès sont ainsi concernés. Les argiles ou encore les températures de cuisson peuvent différer. La Maison de la céramique, à Saint-Uze, propose de découvrir tout au long de l’année ce savoir-faire.

Quelques pots de yaourt exposés à la Maison de la céramique de Saint-Uze. Des flacons de parfums feront d’ailleurs l’objet d’une exposition dédiée à partir du mois d’avril.

La culture de la céramique est présente dans de nombreux pays. Citons par exemple le Japon, avec son cérémonial concernant le thé, l'Italie ou les Pays-Bas. Mais dans l'Hexagone, force est de constater que ce matériau est finalement assez mal connu. Pourtant, au nord du département de la Drôme, il est un véritable élément patrimonial. La Maison de la céramique, située à Saint-Uze, ne manque d'ailleurs pas de le rappeler. Si cette structure vise à exposer le passé, il n'en reste pas moins que ses objectifs restent aussi de valoriser le présent, voire même de promouvoir l'avenir. « Les pâtes évoluent par exemple constamment. La maison de la céramique, ce n'est pas qu'une exposition de pièces de vaisselle », souligne Sébastien Durieu, son responsable.

De l'utilitaire à l'esthétique

Avouons-le, il y en a quand même quelques-unes. Il faut dire que la structure invite en effet le visiteur à une véritable plongée dans l'histoire. Certaines pièces sont des céramiques antiques. D'autres, en revanche, sont plus récentes, comme ce que l'on appelle le « Bleu de Saint-Uze ». Des pièces fabriquées avec de la terre locale et décorée au tampon bleu de cobalt sous émail. Un style propre à la région, apparu à la fin du XIXe siècle, alors que la concurrence est rude. « Les pièces étaient jusqu'alors utilitaires. Là, on soignait davantage l'aspect esthétique », précise aussi le responsable.
Cette maison thématique peut également compter sur un fonds unique : près de 600 pots de yaourt en terre, fabriqués entre 1920 et 1960, que les visiteurs peuvent voir tout au long de l'année (collection Philippe Passerat). Une collection qui permet ainsi de se rendre compte de l'évolution du packaging. L'occasion de revenir aussi sur l'histoire de ce produit phare, de l'échelle domestique à la grande consommation. En 1925, le yaourt était en effet vendu en pharmacie, afin de soigner notamment les troubles digestifs des enfants. Puis, peu à peu, une demande est apparue dans les magasins d'alimentation ainsi que les crèmeries... Autant dire que ce produit s'est fortement développé au fil des années.

La symbolique du lait

« Autrefois, on faisait tout dans un pot de yaourt en céramique », ajoute encore Sébastien Durieu. Il fallait donc que le pot soit solide et esthétique. Cependant, ils n'étaient en général pas décorés. Le nom du yaourt est inscrit une ou deux fois sur la circonférence du pot ; certains fabricants apposent toutefois un signe distinctif comme un trèfle ou encore des montagnes. De quoi attirer l'œil du client. La couleur blanche - fortement utilisée - n'était pas sans rappeler celle du lait. Une forme qui devait par ailleurs épouser la forme de la cuillère.
Dans les années 1960, le pot devient en verre et les formes évoluent encore. De nombreuses entreprises présentes sur le territoire ont en tout cas fabriqué des pots en céramique. L'entreprise Revol - à elle seule - en a produit des millions. 
A. T.

 

Les prochaines expositions
- « Senteurs et céramiques », les lampes Berger. Du 16 mai au 31 octobre, à la Maison de la Céramique. Les mercredi, jeudi, vendredi, de 14 h à 18 h.
- « Les Culis », une famille de potiers d'art. Peintures de Sonia Tanios. Du 15 août au 13 septembre, au prieuré de Charrière, à Châteauneuf-de-Galaure. Du mercredi au dimanche, de 14 h à 19 h.
Tarifs : adulte : 4 euros. Enfant de 6 à 15 ans :
3 euros. Pass’famille : 10 euros (2 adultes
+ 2 enfants).  Renseignements au 04 75 03 98 01 et sur www.territoire-ceramique.com.

 

ÉCONOMIE / La céramique  fait encore vivre environ un millier de personnes en Nord-Drôme. Et exit la traditionnelle image du pot en terre cuite...

La céramique, un matériau tourné vers l’avenir

Tout laisse à penser que la production de céramique ne s’est jamais vraiment arrêtée depuis le Néolithique (4 500 ans avant Jésus-Christ) au nord du département de la Drôme. Des vestiges datant de l’Antiquité ainsi que du Moyen-Âge sont par ailleurs conservés au musée d’art et d’archéologie de Valence. Mais à la fin du XIXe siècle, l’activité s’est véritablement industrialisée. « Les carrières d’argiles kaoliniques, situées à Saint-Barthélemy-de-Vals, Larnage ou encore Érome, ont permis ce développement », indique Sébastien Durieu. La présence du chemin de fer ou encore de la navigation fluviale, facilitant ainsi l’arrivée des matières premières et l’expédition des produits finis, ont également joué un rôle important dans cette apogée.
Revol, Novoceram, Ceralep...
Lors de cette période, de nombreuses entreprises voient le jour sur le territoire. On a même compté jusqu’à six manufactures dans la seule commune de Saint-Uze ! Il y avait deux sociétés Delaunay, La Saint-Uzienne, Baboin, Picolas et Revol porcelaine. « Cette dernière fut la première à s’installer dans le village et la dernière à y être restée », lâche d’ailleurs Sébastien Durieu. Fondée en 1768, l’entreprise emblématique conçoit, produit et commercialise des plats, assiettes et d’autres articles d’art de la table en porcelaine culinaire. Elle compte à ce jour près de 200 salariés. Mais dans les communes alentours, et plus globalement en Nord-Drôme, d’autres entreprises continuent de perpétuer ce savoir-faire autour de la céramique. C’est notamment le cas de l’entreprise Fayol. Fondé en 1840, ce fabricant de fours à bois culinaires en terre cuite réfractaire est implanté à Tain-l’Hermitage et emploie actuellement 28 salariés. La terre, elle, provient d’une carrière située à Larnage, à quelques kilomètres de l’usine. Les produits, destinés aux professionnels de la boulangerie et de la restauration ainsi qu’aux particuliers, sont vendus en France ainsi qu’à l’international.
L’entreprise Novoceram, à Laveyron, fabrique quant à elle des carreaux céramiques depuis 1 863 (170 employés). Créée en 1921, la société Ceralep SN développe pour sa part des isolateurs en céramique pour le transport et la distribution de l’électricité dans le domaine de la haute et très haute tension. Celle qui est devenue dans l’intervalle une coopérative a ouvert en 2015 un département design afin d’élargir sa production, notamment dans le mobilier urbain et l’aménagement du secteur public. L’effectif compte, ici, 50 personnes.
Quand Framatome  utilise de la céramique
À Saint-Vallier-sur-Rhône, l’activité de PRSE (création en 1907, 11 collaborateurs, 1,4 M€ de chiffre d’affaires dont 20 % à l’export) est la fabrication de briques réfractaires. Les destinations des produits peuvent - entre autres exemples - être l’activité industrielle, la fumisterie ou encore l’aciérie.
Les sociétés Jars céramistes à Anneyron (arts de la table) ou encore Sandvik Hyperion à Épinouze font aussi partie de ces entreprises qui continuent de faire vivre le territoire. Parfois, les applications peuvent même être insoupçonnées. Du moins pour les non avertis. Le site AFramatome (ex Areva NP, ex FBFC), à Romans-sur-Isère, fait lui aussi la part belle à la céramique, lors de la fabrication d’assemblages de combustibles pour les réacteurs de production d’électricité. 

 

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