Publié le 08/03/2018 à 08:35 / Béatrice Dupin

Salon international de l'agriculture

Comme chaque année, les visiteurs sont nombreux à arpenter les allées du Salon international de l’agriculture à Paris. C’est une bonne occasion pour leur demander ce qu’ils pensent de l’agriculture et de sa représentation à travers cet évènement hors normes.

Au Salon, le pavillon 1 où se trouvent les animaux est un endroit incontournable pour les visiteurs.

 «L'agriculture porte de belles valeurs mais est aussi en proie à de grandes difficultés. Je connais bien le monde agricole puisque j'y ai travaillé ». Bernard, un retraité aux yeux bleus perçants, aide sa petite-fille à caresser un veau. « On peut dire que je suis un habitué du Salon. Je regrette juste qu'il ne reflète pas vraiment la réalité agricole. Ici, il n'y a que l'excellence, la génétique et la production. On oublie un peu les petites exploitations et on s'éloigne des valeurs de la terre avec tous ces industriels qui paradent. »

« Des industriels surreprésentés »

Au Salon, s'il y a bien un endroit incontournable pour les visiteurs, c'est le pavillon 1, point de rencontre des différents élevages. Au beau milieu des litières, où reposent vaches, moutons, chèvres et cochons, curieux et amoureux des animaux arpentent les allées bondées. Il y a foule ce mercredi 28 février après-midi. À un carrefour, une jeune maman avec un sac rempli de ballons en forme d'animaux semble perdue devant l'immense étendue de stands qui s'offre à elle. Ses deux enfants et sa mère l'accompagnent. Difficile de s'orienter et de faire un choix qui convienne à tout le monde. Lorsqu'on lui demande de nous dire en quelques mots ce qu'est l'agriculture pour elle, elle reste perplexe. Pensive, elle finit par sortir trois mots : « élevage », « production » et « alimentation ». La réponse est succincte. Mais lorsqu'on l'interroge ensuite sur la représentation de l'agriculture française au SIA, sa réponse ne se fait pas attendre. « C'est un évènement assez valorisant pour les agriculteurs car on nous montre beaucoup de choses positives : de beaux animaux et de bons produits. C'est la première fois que je viens et j'avoue que je ne m'attendais pas à ça. Je suis un peu déçue car il y a beaucoup trop de commerciaux comme Danone,
McDonald's, etc. C'est que du marketing et de la publicité ! Pour moi, ce n'est pas ça l'agriculture. J'aurais préféré découvrir de petites entreprises en lien avec les circuits courts. Surtout lorsque l'on n'arrête pas de parler dans l'actualité des difficultés financières des agriculteurs... », explique Carine, une chef d'entreprise habitant la banlieue parisienne dans le Val-d'Oise.
Quant à son fils de 7 ans, lorsqu'on lui demande ce qu'il aimerait voir au Salon, sa réponse fait sourire son entourage :
« Des aigles ! » s'exclame-t-il. Et sa grand-mère d'ajouter : « Pour moi, l'agriculture ce sont les champs, les bêtes, les bons produits mais aussi le labeur. J'étais déjà venue ici il y a deux ou trois ans et je trouve que ça n'a pas trop changé ». « Il y a certainement plus de technologies qu'à l'époque où mes grands-parents étaient agriculteurs. Ça me rappelle des souvenirs d'enfance toutes ces odeurs », raconte-t-elle, nostalgique.

Un public curieux et exigeant

Un peu plus loin, près du grand ring, se déroule un concours de race bovine avec, à l'honneur, des vaches tarentaises. Elles sont présentées en main et font des tours de piste au pas, sous le regard du juge. Ces petites vaches à la robe fauve ont l'air moins coopératives que les abondances qui les ont précédées. Certaines décident tout simplement de se coucher au milieu du ring, en signe de protestation pacifique, malgré les invectives de la personne qui les tient en longe. Parfois, elles peuvent aussi se montrer beaucoup plus caractérielles. Une en particulier n'en fait qu'à sa tête et décide de traîner son accompagnant sur toute la longueur du ring, passant à travers les pots de fleurs, pour aller jusqu'à se planter devant le trépied d'une caméraman. Ce spectacle pittoresque fait rire le public, en particulier Lila, une jeune fille avec le visage maquillé en vache noire et blanche. Accompagnée de son ami Maxence, ils viennent pour la première fois au Salon et ce qu'ils découvrent les enchante. « Il faut soutenir nos agriculteurs, parce que c'est quand même eux qui nous apportent notre alimentation, la base de la vie », philosophe Maxence. En revanche, un bémol pour Lila : « Je trouve qu'il n'y a pas assez de vraies informations, et que l'on n'apprend rien de concret. J'ai beau prendre des flyers et m'intéresser, je trouve que sur certains stands c'est parfois un peu trop technique et axé pour les professionnels ». Néanmoins, comme la plupart des visiteurs, les deux compères sont d'abord là pour profiter du show. « L'ambiance est top, c'est chaleureux et assez incroyable, car ici il n'y a pas de gêne. On n'hésite pas à aller voir les agriculteurs et à leur parler. Ça se voit qu'ils aiment leur métier et qu'ils sont là pour partager leur passion  », conclut Maxence. 
Manon Laurens

 

Remise des Agreen Startups.
Agriculture connectée / Plusieurs événements organisés au SIA soulignent le fort développement des startups agricoles. La Ferme Digitale, qui en rassemble une vingtaine, a fêté ses deux ans le 24 février et a accueilli la remise des Agreen Startup, un concours sur l’innovation des chambres d’agriculture.

Une vitrine du développement de l’innovation digitale

Promouvoir les innovations et le numérique pour une agriculture performante durable et citoyenne, telles sont les ambitions que s’est fixé le fondateur de la Ferme Digitale, Paolin Pascot. Le 24 février, jour de l’ouverture du Salon de l’agriculture, l’association fêtait, ses deux ans d’existence et ses trois ans de présence au Salon. Le startupeur qui vante la performance en agriculture estime essentiel d’assurer aux agriculteurs un revenu en améliorant leur impact environnemental. Il souhaite aussi rapprocher le producteur du citoyen afin de mettre en accord les demandes sociétales et la production. La Ferme Digitale compte aujourd’hui 24 startups adhérentes, cinq amis et cinq partenaires financiers. Elle organise le LFDays, une journée consacrée à l’Agtech. Pour la troisième édition de 2018, l’événement prendra de l’ampleur avec l’ambition d’accueillir 150 startups dont près de la moitié d’autres pays que la France. Paolin Pascot souhaite ainsi créer le rendez-vous de référence de l’innovation pour les startups françaises et internationales.
Les agriculteurs sont les premiers innovateurs
Profitant de la caisse de résonance qu’offre le Salon international de l’agriculture, la Ferme Digitale veut faire grandir son collège d’agriculteurs car ils restent au cœur de l’innovation. « Les agriculteurs sont les premiers innovateurs en France », a ainsi rappelé le fondateur de La Ferme Digitale. Paolin Pascot souhaite aussi qu’ils testent les innovations pour qu’elles soient adaptées au terrain et qu’elles aient un réel impact sur leur quotidien. C’est donc en toute logique que le stand de la Ferme Digitale a accueilli le 25 février la remise des lauréats des Agreen Startups.
Ce concours, organisé par les chambres d’agriculture, a pour vocation de détecter les nouveaux talents de l’Agtech. Pour sa 4e édition nationale, l’événement était placé sous le haut patronage du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Durant 48 heures, les 54 porteurs de projet ont travaillé sur leur innovation afin de « booster » leurs idées et les rendre visibles auprès de financeurs éventuels. Dévoilant quelque peu les coulisses de ces deux jours de travail intense, Nicolas Ferras, président du jury, a raconté que de nombreux dossiers ont totalement muté, parfois en l’espace d’une nuit. Le jury composé de responsables de l’innovation ou d’affaires dans l’industrie agroalimentaire et coopérative, dans la presse agricole ou de représentants de partenaires financiers a récompensé cinq lauréats*.
Améliorer les revenus
Avant de remettre les prix, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, a rappelé la nécessité de l’innovation pour permettre à l’agriculture française de gagner en compétitivité, en performance, en valeur ajoutée, mais aussi afin d’améliorer les revenus des agriculteurs. Il estime ainsi qu’elle doit permettre d’appréhender et d’anticiper les besoins et les goûts des agriculteurs. Le premier prix, remis par Stéphane Travert, a été attribué à Hortimind. Ce projet repose sur une plateforme de services et produits pour le marché de la LED horticole. L’ambition des jeunes entrepreneurs est de permettre aux serristes qu’il conseille de réduire l’utilisation d’intrants, grâce à l’utilisation de LED et de l’intelligence artificielle. Si le jury a décidé de les primer, c’est en raison de « la maturité du projet qui est désormais prêt à faire du business dès demain » précise Nicolas Ferras. 
C. P. avec actuagri
* Palmarès : 2e prix ex-aequo : Drone Protègel qui propose l’utilisation de drones pour lutter contre le gel et Precifield, un procédé qui scanne les sols afin de moduler l’utilisation d’intrants. 3e : Terra Innova : Valorisation des terres de chantier en terre agricole. Prix coup de cœur : La Boucle, pour l’utilisation des invendus pour faire des sorbets de légumes.


Mots clés : LA FERME DIGITALE SIA 2018 AGRICULTURE CONNECTÉE AGREEN STARTUPS