Publié le 01/02/2018 à 06:00 / Béatrice Dupin

Viande et plus-value

La marque « C’est qui le patron ? ! » a choisi de soutenir la filière viande en commercialisant deux références de steak haché. Un peu plus de 700 éleveurs français prennent part à cette aventure, dont 24 Drômois.

La marque « C’est qui le patron ?! » soutient la filière viande  en commercialisant deux références de steak haché. Un peu plus de 700 éleveurs français prennent part à cette aventure, dont 24 Drômois. D’autres producteurs du département explorent d’autres ...

Les États généraux de l'alimentation (EGA) ont dernièrement mis l'accent sur le fait que la valeur ajoutée ne revient pas forcément aux producteurs, mais davantage aux grandes et moyennes surfaces (GMS). Afin de renverser ce phénomène, des agriculteurs choisissent de valoriser leurs productions au travers de circuits de proximité. Depuis plusieurs mois, les consommateurs essaient également d'inverser la tendance avec la marque « C'est qui le patron ? ! ». Ce sont eux qui décident de leurs produits, selon leurs attentes. La démarche garantit également une rémunération supérieure à l'agriculteur.

Âgé de 41 ans, Vivien Castry possède - avec son frère Florent - un atelier de poules pondeuses reproductrices ainsi que des bovins allaitants (85 vaches mères).

0,25 euro du kilo de carcasse

Après le succès de la brique de lait équitable, cette marque a choisi de soutenir la filière viande avec la commercialisation de steaks hachés frais et surgelés. Pour ce faire, elle s'est tournée vers le groupe coopératif Sicarev. C'est dans ce contexte que 24 éleveurs drômois - tous coopérateurs au sein de Dauphidrom, qui a rejoint la Sicarev en 2000 - participent à cette dynamique.
Vivien Castry, éleveur de limousines à Montmiral, est l'un d'eux. Et pour le moment, il est plutôt confiant. « Cette démarche nous intéressait dans le sens où il y avait une plus-value. Les consommateurs sont prêts à payer un prix supérieur qui tient compte de l'engagement du producteur. Nous touchons 0,25 euro supplémentaire du kilo de carcasse par rapport à la grille de la coopérative. Sur une bête, je peux donc gagner entre 100 et 120 euros supplémentaires », explique-t-il.
Si les consommateurs sont prêts à payer davantage, c'est aussi parce qu'ils savent ce qu'ils vont manger. Ces derniers mois, ils ont en effet été près de 8 000 à imaginer leur steak haché idéal. Parmi les doléances, il fallait notamment que les animaux soient issus d'une race à viande, qu'ils soient nés et élevés en France ou encore que les fourrages soient produits localement et majoritairement à moins de 100 kilomètres de l'exploitation. Le bien-être animal, un pâturage supérieur à six mois par an ainsi que le respect de la charte des bonnes pratiques d'élevage étaient aussi au cœur de leurs préoccupations. « « C'est qui le patron ? ! », c'est une autre forme de vente directe, un contrat entre le consommateur et le producteur. Le cahier des charges désiré n'a pas nécessité de modifier notre mode de fonctionnement, ni engendré de surcoût. Les fourrages, le foin, l'herbe et les céréales sont produits sur l'exploitation. Le complément de tourteau de colza vient de Rhône-Alpes », note encore Vivien Castry.

Quand le consommateur soutient la filière

Selon lui, cette démarche permet toutefois de soutenir la filière. « Nous sommes loin d'être milliardaires mais nous faisons face à nos charges. L'élevage allaitant nécessite d'énormes capitaux pour une faible rentabilité. Il faut donc maîtriser ses charges et investir raisonnablement. Une région où il n'y a pas d'élevage, ce sont des buissons qui vont pousser. L'élevage est incontournable dans les coteaux ou les combes non mécanisables », ajoute-t-il aussi.
La juste rémunération de l'éleveur, au regard du travail effectué, est donc essentielle. Pour autant, le succès de ces steaks hachés dépendra aussi de la mobilisation des consommateurs, Sicarev ne livrant pour l'heure que quinze animaux par semaine pour l'élaboration de ces produits. « C'est un débouché complémentaire, un bonus, une porte de sortie supplémentaire, conclut l'éleveur. En somme, son succès va dépendre des volumes qui seront demandés par les consommateurs. » 

Aurélien Tournier

REPÈRES /
Dauphidrom en bref
Siège social : Marcilloles (38).
Nombre total d’éleveurs : 761.
Répartition : 117 en Drôme, 93 en Ardèche, 446 en Isère et 105 en Haute-Savoie. 

Diversification / Ne souhaitant pas être dépendant des enseignes de la grande distribution, le Gaec de la Ferme fleurie (Saint-Bardoux) se diversifie.

Valoriser le travail de l’éleveur jusqu’au bout

« Nous calculons notre prix de revient et pouvons établir notre marge » soulignent Christian et Cathy Dorey.
Le contact avec les clients, c'est aussi ce qui motive Cathy et Christian Dorey (Gaec de la Ferme fleurie, « La Chèvre à Dorey »). Implantée à Saint-Bardoux, l'exploitation possède - entre autres activités - un élevage caprin. Si deux tiers du lait sont collectés par Eurial, le reste est valorisé en fromages. Des mets commercialisés en vente directe. « Dès le début, nous ne souhaitions pas être dépendants des GMS », commente Cathy Dorey. Des clients viennent donc se fournir à la fromagerie. Les exploitants sont aussi régulièrement présents sur les marchés. « Nous sommes éleveurs, transformateurs et vendeurs. Nous calculons notre prix de revient et pouvons établir notre marge », poursuit son mari Christian.
Mais la valorisation du travail de ces éleveurs passe aussi par d'autres produits et de nouvelles activités. L'exploitation fait en effet la part belle à la viande caprine. « Avec une chèvre réformée, je ne pouvais gagner que jusqu'à 20 euros. En faisant du saucisson ou des plats cuisinés, nous pouvons toucher jusqu'à 120 euros », note encore Christian Dorey. Début mars, une ferme auberge verra également le jour. « Il fallait réagir face à la baisse des ventes sur les marchés. Nous allons donc pousser la valorisation jusqu'au bout, en proposant le produit dans l'assiette », ajoute-il. A. T.

 

Valorisation / Soucieux de maîtriser ses charges, le Gaec Juven (Geyssans) a depuis longtemps opté pour la réduction maximale des intermédiaires.

La vente directe, une vraie stratégie

« En réduisant les intermédiaires, cela nous permet d’augmenter les marges et de récupérer de plein droit toute la valeur ajoutée de nos productions », explique Loïc Juven.
Etre rémunéré au juste prix, c’est l’objectif de tout agriculteur. Et certains se sont organisés bien avant l’arrivée de la marque « C’est qui le patron ? ! ». Même si la démarche est tentante... À Geyssans, le Gaec Juven (arboriculture, bovins lait et viande, maraîchage, aviculture et sylviculture) compte plusieurs débouchés, parmi lesquels la vente directe. Les transactions à la ferme sont limitées au maximum. Pour autant, l’exploitation a choisi en 2006 d’installer un distributeur de lait sur le parking d’une grande enseigne, à Saint-Paul-lès-Romans. Elle est également présente sur trois marchés hebdomadaires, à Romans et Pont-de-l’Isère. « En réduisant les intermédiaires, cela nous permet d’augmenter les marges et de récupérer de plein droit toute la valeur ajoutée de nos productions. Nous élevons nos bêtes, réalisons la majorité du travail avec la plupart des risques. Et nous faisons aussi des investissements : l’agriculture, c’est de l’industrie lourde », souligne Loïc Juven, l’un des associés.
Transparence totale
Difficile toutefois pour lui d’affirmer que la vente directe est au final plus intéressante que les intermédiaires au regard du temps qui y est consacré. « On arrive à faire face à nos charges. Mais peu de personnes accepteraient de travailler quand on connaît notre taux horaire. Notre métier implique tout de même beaucoup de sacrifices », note-t-il aussi.
Mais les consommateurs le lui rendent bien. Preuve en est les clients, fidèles, qui se succèdent sur les marchés. « On connaît la vie de nos clients, leurs petits tracas. Cela nous permet également de sortir de l’exploitation », raconte-t-il volontiers. La proximité avec le producteur s’avère être aussi un vecteur de confiance. « Il y a même de la reconnaissance, ajoute-t-il encore. C’est toujours gratifiant quand quelqu’un vous dit que vos produits sont bons. » 
A. T.
Mots clés : VALORISATION FILIÈRE VIANDE BOVINE CQUILEPATRON