Publié le 05/01/2018 à 06:00 / Béatrice Dupin

bovin viande

Une journée « Innov’action » était organisée le 28 novembre sur l’exploitation de Sébastien Milhoud, à Montchenu, dans le Nord-Drôme. L’occasion de revenir sur la diversification des rations mais aussi la conception des bâtiments et la production d’électricité photovoltaïque.

Sébastien Milhoud s’est installé en 2002. Il a tout au long de son activité été accompagné par Jean-Pierre Chevalier. Un homme, passionné, qui a su le guider dans l’ensemble de ses choix.

Les pratiques innovantes se partagent. Dans le cadre de l'opération « Innov'action », les équipes élevage des chambres d'agriculture de la Drôme et de l'Isère ont dernièrement proposé la visite d'une exploitation à Montchenu. Les participants ont ainsi pu voir différentes innovations mises en place sur une exploitation bovins viande en système naisseur-engraisseur.

Une histoire de passionnés

Sébastien Milhoud s'est installé en 2002, à l'âge de 25 ans. Passionné, le jeune homme poursuit alors l'aventure familiale. Il élève 100 vaches charolaises. Une production vendue majoritairement à deux maquignons, le restant s'écoulant aussi en vente directe (des caissettes de 10 kg). Sur 72 hectares (ha), sont cultivés du maïs, du sorgho sucrier, du foin, du trèfle incarnat, de la luzerne ou encore du trèfle violet. Si certaines céréales sont destinées à la vente, d'autres seront introduites dans la ration des animaux. « Les rations sont composées de méteils et d'un peu de foin. C'est économique, nous n'utilisons pas de concentré. Le sorgho est par ailleurs énergétique et facilite l'ingestion », précise l'éleveur. Celui-ci peut aussi compter sur 128 ha de prairies.
La stratégie de Sébastien Milhoud est simple : un veau par vache et par an. À vrai dire, cette stratégie était aussi le credo de Jean-Pierre Chevalier, disparu récemment. Tout au long de cette journée, conseillers et agriculteurs n'ont d'ailleurs pas manqué de témoigner de leur affection à son égard. « C'était un technicien qui a su m'accompagner et me transmettre sa passion. C'était mon père en élevage, il m'a tout appris. Je pouvais lui poser n'importe quelle question, il était toujours là pour me répondre. Il savait où il m'emmenait », a confié pour sa part Sébastien Milhoud. « Un ogre de la vie, passionné, capable d'aborder tous les sujets, un homme expérimenté et dynamique qui a su évoluer au fil des années », ont ajouté d'autres professionnels.
Afin d'obtenir les meilleurs résultats, il convient que le système de production soit cohérent. Bien des aspects participent à la gestion globale du troupeau : la composition et la diversification des rations, la génétique ou encore la conception des bâtiments (voir ci-dessous).

Accompagner le développement des veaux

Pour parvenir à ses fins et notamment obtenir un veau par an, Sébastien Milhoud a en tout cas choisi d'axer son travail sur la finition des animaux et l'autonomie alimentaire. « La stratégie est ici de produire de la viande de la façon la plus économe et la plus autonome possible. On va donc investir un peu plus sur les génisses et les animaux jeunes, a expliqué Philippe Tresch, chef de projet du réseau bovins viande à l'Institut de l'élevage. Avec un système très fourrager, il s'agit de développer la capacité d'ingestion ainsi que la panse des jeunes animaux. Le fourrage sera dès lors adapté avec la distribution de sorgho qui améliore les capacités d'ingestion. Ces animaux pourront croître comme les autres lors de la phase d'engraissement mais avec moins de concentrés. Sébastien Milhoud a également choisi de faire vêler ses génisses à deux ans pour libérer un maximum de place dans le bâtiment. Ces dernières doivent faire environ 400 kg lors de la mise à reproduction. »

Productivité augmentée

Le facteur humain reste toutefois important, l'observation et la surveillance étant plus que nécessaires. Selon Philippe Tresch, l'agriculteur doit être davantage concentré sur l'aspect « élevage ». Quitte à confier une partie du travail dans les champs à des entreprises de travaux agricoles. Des choix qui semblent en tout cas payer. « Dans cette exploitation, on est vraiment en haut du panier en termes de productivité », a souligné aussi Philippe Tresh. Celle-ci fait en effet partie du réseau des fermes de références Inosys. Force est ainsi de constater que ses données sont parfois supérieures aux moyennes régionales ou mêmes nationales. À titre d'exemple, la quantité de viande vive produite par unité de main-d'œuvre (kgvv/UMO) s'élevait à 71 292 en 2016 et 50 470 en 2015. En 2015, ce même chiffre était de 38 761 au niveau Rhône-Alpes et de 42 497 au niveau national. D'autres données relatives à l'autonomie, à l'alimentation ainsi que sur la reproduction peuvent également être plus intéressantes. Des données à ne pas prendre en compte seules. « Le système doit être cohérent, il y a un équilibre à trouver », a insisté encore Philippe Tresh. 
A. T.

Dans le cadre de l’opération « Innov’action », les participants ont ou découvrir différentes innovations mises en place sur l’exploitation de Sébastien Milhoud, spécialisée bovins viande en système naisseur engraisseur.

 

ÉNERGIE / Les bâtiments de l’exploitation, construits en 2012, sont équipés de panneaux photovoltaïques.

L’électricité, une source de revenus

Afin de financer la construction de ses bâtiments, Sébastien Milhoud a choisi de produire de l’électricité photovoltaïque. « La capacité d’investissement était à l’époque limitée. Le photovoltaïque m’a permis de loger mes animaux à l’abri, à moindre coût. Il a payé la structure métallique, le bardage, le portail et les chenaux », indique l’éleveur. Deux centrales ont ainsi été disposées sur les toitures. Les productions annuelles sont estimées à 1 264 kWh/kwc et 1 250 kWh/kwc.
Revenu garanti
Comme n’a pas manqué de souligner Olivier Thiercy, conseiller à la chambre d’agriculture de la Drôme, le photovoltaïque agricole garantit un revenu sûr et connu à l’avance. Trois types de raccordement sont possibles : la vente en totalité de la production, l’autoconsommation avec la vente du surplus ainsi que l’autoconsommation totale. Mais, si la technologie est jugée fiable - même si on constate une perte de 0,5 % de production par an -, des précautions restent tout de même à prendre lors de la conception des bâtiments. Il faut par exemple veiller à ce qu’ils soient le plus au sud possible. Pour une optimisation maximale, il faudrait également que la pente du toit soit de 35 degrés.
Lors de l’élaboration du business plan, il est aussi nécessaire de prévoir deux générations d’onduleurs. Pour tout projet, il est possible de se rapprocher du conseiller énergie de la chambre d’agriculture. 

 

CONSTRUCTION / Frédéric Sourd, conseiller à la chambre d’agriculture de la Drôme, est revenu au cours de cette journée sur la conception des bâtiments de l’exploitation.

Des bâtiments adaptés pour une meilleure productivité

Lorsque Sébastien Milhoud succède à ses parents, il n’existe alors pas de bâtiments et le troupeau est en plein air. Mais, en 2010, au regard de l’évolution du troupeau, des constructions deviennent nécessaires. Une réflexion est alors engagée. Outre penser au bien-être des animaux, il convient également de penser à celui de l’éleveur. L’outil de travail doit en effet être fonctionnel et son temps de travail optimisé.Gain de tempsDeux bâtiments sortent ainsi de terre en 2012. L’un (2 300 m²) est destiné aux vaches allaitantes et aux génisses, tandis que le second (1 100 m²) abrite l’engraissement ainsi que le stockage de la paille et du foin. « L’aménagement des bâtiments a été réfléchi selon les usages d’un élevage bovin allaitant avec vêlage de fin d’été. Des cases à veaux sont par exemple disposées derrière chaque case de logement de vaches allaitantes. », explique Frédéric Sourd, conseiller bâtiments à la chambre d’agriculture de la Drôme. Deux couloirs d’alimentation ont été créés ; leurs largeurs permettent le passage d’une mélangeuse ou encore d’une pailleuse. De quoi faciliter le travail de l’éleveur. VentilationQuant à la charpente, elle intègre les besoins de l’élevage en termes de lumière et de ventilation. « Il s’agit de réduire l’humidité ambiante et, par conséquent, les maladies respiratoires. Le terrain sera moins favorable au développement des bactéries. La lumière est par ailleurs positive sur la croissance des animaux et leur reproduction », poursuit-il. Afin d’optimiser la ventilation, la toiture du bâtiment a dû être scindée en plusieurs volumes. Elle est complétée par un bardage claire-voie. « C’est vraiment important de réfléchir à la conception d’un bâtiment. Cela impacte les conditions de travail de l’éleveur. Dans ce cas, des passages d’hommes ont aussi été prévus entre les barrières, afin d’éviter de les enjamber. Si un animal est bien logé, il pourra exprimer au mieux son potentiel. Un bâtiment permet d’améliorer considérablement des résultats technico-économiques », note-t-il aussi. 

 

Mots clés : PHOTOVOLTAÏQUE INNOV'ACTION BOVIN VIANDE NAISSEUR ENGRAISSEUR NORD DROME