Publié le 29/12/2017 à 06:00 / Béatrice Dupin

Comptes de l’agriculture

La Commission des comptes de l’agriculture de la nation a présenté, le 14 décembre, les résultats quasiment consolidés des revenus agricoles 2016 et les résultats provisoires de ceux de 2017. Si l’année présente s’annonce moins dramatique que 2016, les agriculteurs n’arrivent toujours pas à tirer un revenu digne de leur métier et souffrent de l’instabilité des revenus.

Le revenu agricole 2017 en hausse  mais une situation toujours précaire

Après une année 2016 catastrophique, le revenu net de la branche agricole par actif non salarié(1) serait en hausse de 22,2 %. Le résultat net de la branche agriculture devrait atteindre 14,2 milliards d'euros, alors qu'il frôlait péniblement les 11,8 milliards en 2016. Si l'économie agricole semble repartir à la hausse, celle-ci est cependant insuffisante pour compenser la catastrophe de 2016. Le résultat net de la branche agriculture reste inférieur à celui de 2015 (15,5 Mrd d'euros). Si l'on regarde les données brutes, c'est-à-dire le revenu de la branche agricole par actif non salarié avant déduction des charges, la hausse est moindre (+ 13 %) ; signe que les charges ont diminué. « Les charges des agriculteurs se réduisent pour la quatrième année consécutive », précise l'Insee. À noter, par exemple, le recul des taux d'intérêt (- 2,42 %) ou des charges locatives nettes (- 3 %). Depuis quelques années, le ministère se refuse à publier des chiffres par orientation technico-économique des exploitations. Une décision qui avait fait suite au vif débat suscité par des écarts de statistiques énormes entre les chiffres prévisionnels et les résultats consolidés. Cependant, les chiffres fournis par l'Insee sur la valeur de la production (hors subventions) par secteur donnent des pistes sur la santé économique des différentes filières agricoles. Dans son ensemble, la production nationale agricole atteindrait 71,1 milliards d'euros, en hausse de 2,4 %, après une baisse de 6,6 % en 2016. En entrant dans le détail, on constate un regain particulier des filières céréales, grandes cultures et « lait et autres produits de l'élevage ». Au contraire, le vin, les fruits et légumes voient la valeur de leur production reculer nettement.

Grandes cultures :les volumes compenseraient la baisse des prix

Après une année 2016 catastrophique, « la valeur de la production de céréales se redresse fortement », indique l'Insee : elle enregistre une hausse de 25 % après un recul de 31,3 % en 2016. Ce redressement est imputable à la hausse des volumes (+ 26,4 %), les prix étant de leur côté en recul de 1,1 %. « La progression est également très marquée pour les oléagineux avec une récolte historique en colza et tournesol », affirme l'Insee. Ainsi, malgré un recul des prix, la valeur totale de la production d'oléagineux affiche une hausse de 15,6 % et celle des protéagineux augmente de 13,7 %.

Profitant de la hausse du prix du beurre, malgré une production stable, la filière lait et produits laitiers enregistre une hausse de 14 % de la valeur de sa production.

Production animale : des prix en hausse

La filière laitière a profité de « la hausse exceptionnelle du prix du beurre en 2017 », commente l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA). Et en effet, malgré une production stable en volume, la filière lait et produits laitiers enregistre une hausse de 14 % de la valeur de sa production. Le même phénomène, à moindre échelle, s'observe pour le bétail : la production recule légèrement en volume (- 2,2 %) mais profite de la hausse des prix (+ 3,4 %). La production porcine tire son épingle du jeu : la hausse des prix
(+ 6 %) entraîne une augmentation de la production, en valeur, de 2,8 %. Quant à Ia filière bovine, elle profite du mieux dans le secteur laitier : la concurrence avec les vaches laitières réformées s'apaise et permet une remontée des prix de la viande bovine. Enfin en volaille, le constat est le même : les volumes en recul (- 1,3 %) sont largement compensés par la hausse des prix (+ 5,1 %).

La valeur de la production (hors subventions) 2017 montre un regain particulier des filières grandes cultures,  lait et autres produits de l’élevage et un net recul pour le vin, les fruits et légumes.

Légumes et vin : une valeur en recul

Si 2017 devrait ressembler à 2016 pour la filière fruits, avec une hausse des volumes de 2 % qui compense parfaitement le recul des prix, ce n'est pas le cas pour les légumes. Les prix, en recul de 7 %, handicapent une production pourtant restée stable en volume. L'agriculture française semble se redresser quelque peu en 2017. Mais ce rebond ne compensera pas une année 2016 catastrophique. En prenant un peu de recul, on s'aperçoit que les filières qui rebondissent en 2017 sont simplement celles qui avaient touché le fond en 2016. 
(1) Il s'agit de la recette agricole, ou « valeur ajoutée brute au coût des facteurs par actif », à laquelle on a déduit l'ensemble des charges (amortissement, rémunération des salariés, intérêts, charges locatives) ; la « valeur ajoutée brute au coût des facteurs par actif » se construisant ainsi : production + subventions - consommations intermédiaires.

 

En 2016 / Un résultat courant en recul de 29 %
Ce 14 décembre, les « résultats économiques des exploitations agricoles en 2016 » étaient également présentés. Et les chiffres confirment les craintes : le revenu agricole s’est effondré en 2016, avec une baisse de 29 % du résultat courant avant impôt (RCAI) par unité de travail non salarié. L’année avait été terrible pour les producteurs de céréales et oléoprotéagineux, avec un RCAI/actif salarié en recul de 125 % sur un an. La catastrophe a été telle que les revenus des céréaliers ont été négatifs en 2016 (- 4 400 euros).
Les producteurs en polyculture, bovins mixtes et bovins lait ont également essuyé une année très difficile avec des revenus annuels certes positifs (8 250 euros, 13 770 euros et 14 500 euros) mais en recul, respectivement de 57,5 %, 32,4 % et 19,7 %. 

 

Réactions / A l’annonce des résultats des comptes de l’agriculture pourtant en hausse, la profession agricole a du mal à se réjouir.

2017, année de rattrapage

L’APCA (chambres d’agriculture) demande de la « stabilité » pour les revenus agricoles
L’APCA constate, dans un communiqué, que l’agriculture subit « depuis une dizaine années […] des variations de revenu de grande ampleur, toujours préjudiciable à la prise de décision en matière d’investissement ou d’emploi » et rappelle que « les agriculteurs ont besoin de stabilité ! » Ainsi, le sursaut constaté apparaît « bien précaire » aux yeux de l’APCA, « dans un contexte où les prix s’inscrivent dans un cycle baissier » et où « le libre-échange se généralise par la voie des accords commerciaux préférentiels, ouvrant davantage le marché européen aux productions canadiennes, ukrainiennes, demain celles du Mercosur. »
Pour la FNSEA, « c’est une fausse bonne nouvelle »
Après la parution des comptes de l’agriculture, la FNSEA alerte, dans un communiqué, sur la signification de la hausse du résultat agricole en 2017, après une année catastrophique en 2016. « Une fausse bonne nouvelle » pour la FNSEA qui estime que « la France, qui se remet à peine des crises qu’elle a affrontées ces deux dernières années, n’est toujours pas en mesure de renouer avec les investissements qui risquent de reculer pour la cinquième  année consécutive ». La FNSEA fait référence aux États généraux de l’alimentation qui vont se conclure, pour appeler le gouvernement à faire respecter la charte d’engagement sur la répartition de la valeur.
Pour la FNP, « l’amélioration a permis de renflouer les pertes des années précédentes »
La Fédération nationale porcine rappelle que, pour bon nombre d’éleveurs « l’amélioration de la conjoncture a essentiellement permis de renflouer les pertes des années précédentes, et cela n’a pas suffi pour tous ». Pour l’année 2016, la FNP met d’ailleurs en avant la forte disparité des résultats publiés, « avec des revenus encore négatifs pour une part des éleveurs de porcs », et un très fort recul de l’investissement.
Des chiffres « trompeurs », selon l’AGPB
Même réaction du côté de l’Association générale des producteurs de blé. « Depuis 20 ans, nous n’avons jamais constaté une situation financière aussi inquiétante dans nos exploitations céréalières françaises, explique Philippe Pinta, président de l’AGPB. 55 % des exploitations céréalières perdent de l’argent suite à une récolte nationale 2016 catastrophique ». L’AGPB souligne que le résultat moyen après cotisations sociales de ces exploitations atteint un niveau historique de -13 000 euros. « Et la récolte 2017 ne compensera pas les pertes de l’année 2016, en raison des prix toujours très bas. » 

 

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