Publié le 21/12/2017 à 06:00 / Christophe Ledoux

Débat

Les élèves du BTS productions animales (PA) du lycée agricole de La Côte-Saint-André ont échangé avec leurs camarades sur les bienfaits de l'élevage lors de la journée des jeunes éleveurs.

David Rivière, éleveur charolais, exposait son avis sur les circuits courts lors du débat qui a suivi la présentation des élèves.

A l'occasion de la journée des jeunes éleveurs, les élèves en deuxième année de BTS agricole productions animales (PA) du lycée agricole de la Côte-saint-andré ont dû se plier à un exercice délicat : présenter en une heure et demie les services rendus par l'élevage à la société. La première raison semble évidente : « nourrir la France ». Après un retour en chiffres sur la production des élevages français, ils ont rapidement présenté les moyens de commercialisation qui ont la côte : circuits courts, ventes directes ou sur internet. Ils ont ensuite défendu le poids de l'agriculture dans l'économie à travers les nombreux métiers dépendants de cette production tels que « le secteur alimentaire, l'industrie du cuir, la boulangerie...» Ensuite, ils ont développé les enjeux de l'agrotourisme ainsi que du rôle des AOP et du savoir-faire. Ils ont terminé sur le rôle de la filière dans la préservation de l'environnement. Un beau tour d'horizon qui n'a pas manqué de soulever les questions du public, en majorité des élèves du lycée. « Que pensez-vous du zéro phytosanitaire ? » commence un membre du public. « L'agriculture biologique est un atout, certes mais c'est surtout un problème de grandes cultures. L'élevage utilise pour une grande partie de l'alimentation des fourrages, et il n'y a pas forcément de traitement phytosanitaire dessus », répond Emeline, élève du BTS. « Comment limiter les spécialisations des régions pour éviter la concentration de nitrates par exemple ? » demande l'un des camarades de la salle. « Il y a déjà certaines actions de la PAC comme favoriser les races oubliées ou développer davantage d'élevages extensifs » réagit la jeune fille. Enfin, le sujet le plus débattu reste la compréhension du monde agricole pour le consommateur. « Il faut redonner du lien, propose Benoit, élève du BTS, faire de la pédagogie dès le plus jeune âge et essayer d'agir sur les modes de consommation »

Des pratiques agricoles contradictoires

La présentation fut suivie d'un débat autour de ces bienfaits de l'élevage présenté. Les professionnels présents ont apprécié la présentation mais ont mis en garde contre la complexité des enjeux de l'élevage aujourd'hui. « Il est vrai qu'il faut favoriser les circuits courts et préserver l'environnement. Mais les deux ne sont pas toujours compatibles. L'impact d'aller faire tuer une bête à chaque fois à l'abattoir est plus fort qu'un camion qui y emmène 40 bêtes une fois. Il faudrait par exemple pouvoir faire des abattages à la ferme », argumente David Rivière, éleveur charolais. Même constat pour la question du « zéro phyto » pour Céline Dervaux, éleveuse de chevaux de Camargue : « J'ai toujours été « zéro phyto » mais cela se prépare, il faut sélectionner génétiquement des bêtes assez rustiques, il faut maintenir sa rotation de parcelles... » Le débat s'anime également sur le rapport à avoir auprès du consommateur. « Pour beaucoup d'urbains, une vache c'est noir et blanc, ça fait du lait et ça n'a pas de cornes, déplore l'éleveur charolais, un lien a été perdu ». Céline Dervaux semble plus optimiste : « Les consommateurs sont inquiets, ils sont prêts à mettre le prix de la qualité.» Quand on aborde les pistes de solutions pour modifier les pratiques agricoles, les avis sont tout aussi mitigés. Pour Benoit, élève BTS, « Les ménages doivent changer leur consommation pour qu'on puisse changer notre production ». Pas d'acheteurs, pas de production. Pour Lola, du BTS également, « Les deux côtés doivent changer. On devrait par exemple arrêter de produire certaines viandes industrielles que les gens ne veulent plus.» Alors que cette journée est avant tout un examen scolaire important pour valider le BTS PA, les qualités oratoires démontrées par les élèves sont indispensables pour leur futur travail. « Le but est de travailler la cohésion d'équipe et l'interaction avec le public. Un employeur potentiel peut leur demander de participer à de tels évènements. » explique Loufti Bouajila, responsable de l'événement et intervenant en éducation socio-culturelle au lycée agricole. Des facultés déjà mises en avant dans la matinée lors de leur intervention devant 48 élèves de l'école maternelle Gambetta.

Virginie Montmartin
Mots clés : LYCEE AGRICOLE DE LA CÔTE SAINT-ANDRÉ DÉBAT BIENFAITS ÉLEVAGE