Publié le 02/04/2017 à 06:00 / Béatrice Dupin

Journées Agricoles de Vinsobres



Portrait de deux vigneronnes à Vinsobres

Nadia Fayolle : des Crozes-Hermitage à Vinsobres

 

Le domaine d'Aloès est le dernier à avoir vu le jour à Vinsobres. Nadia et Pascal Fayolle l'ont créé en 2013 sur un vignoble converti en bio ayant appartenu à Jean-Louis Piallat. Il est le fruit d'une aventure que nous conte Nadia, la plus récente vigneronne vinsobraise.

«Je suis née en 1972 aux Sables-d’Olonne, issue d’une ancienne famille agricole vendéenne, raconte Nadia Fayolle. Je suis arrivée dans la Drôme en 1989 pour y poursuivre des études à la MFR de Mondy, à Bourg-de-Péage. A l’époque, j’avais 17 ans et je voulais être garde-chasse. Mais après sept années d’études et l’obtention de plusieurs diplômes agricoles, je me suis rapidement orientée vers la protection de la nature. J’ai travaillé de 1996 à 2000 à la réserve naturelle des Ramières, à Allex, où j’étais responsable de la section animation et des programmes scientifiques, notamment sur les castors. » Entretemps, et plus précisément en 1992, elle rencontre à Mondy celui qui deviendra son mari, Pascal Fayolle. Lui-même poursuivait, dans la même école et à la même époque, une formation de BTS analyse et conduite de système d’exploitation après avoir obtenu un BTA viticulture œnologie à Beaune. « La naissance de notre fils Thomas, en 2000, m’a conduite à interrompre mon emploi salarié à Allex pour aider mon mari dans la gestion administrative et comptable du domaine des Martinelles situé à Gervans, au nord de Tain-l'Hermitage. » Pascal s'était installé en 1998 dans le cadre d'une reprise de l’exploitation familiale.
Le domaine des Martinelles
En démissionnant de la réserve naturelle des Ramières pour aller travailler à Gervans, Nadia Fayolle n’avait pas pour intention de devenir salariée de son mari mais de s'installer vraiment. « J’ai donc fait les démarches nécessaires, fait un stage chez un viticulteur et me suis installée en 2002 sur une partie du domaine des Martinelles avec l’idée d’y apporter quelque chose de nouveau, raconte-t-elle. Il convenait surtout de développer la bouteille dans une exploitation qui, traditionnellement, ne vendait qu’au négoce. »
Le travail n'a pas manqué. Le domaine des Martinelles comptabilise 17 hectares (ha) de vergers d’abricotiers et 22 de vignobles (dont 14 en crozes-hermitage, 6 en hermitage et 2 en saint-joseph). La plus grande partie est en coteaux. Quinze ans plus tard, environ 40 % des 1 000 hectolitres (hl) de la production globale sont commercialisés en bouteilles, au caveau et auprès d’un circuit de distribution en France (agents, cavistes, grossistes) ainsi qu'à l’export.
Le domaine d’Aloès, l’aventure en Drôme méridionale
Après dix ans, fort de la notoriété acquise des vins des Martinelles et après la naissance en 2004 de leur fille Julia, le couple a souhaité s'agrandir. « L’idée était d’offrir une palette de vins plus grande, avec des cépages nouveaux et différents, tout en restant dans la Drôme et sur un territoire d’appellation, explique Nadia Fayolle. Ne pouvant plus s’étendre en haute vallée du Rhône, nous avons prospecté sur internet et, en 2012, nous avons trouvé le vignoble de Jean-Louis Piallat à Vinsobres qui était à vendre. » L'achat s'est fait en avril 2013. Aujourd’hui, le domaine d’Aloès s’étend sur 25 convertis en bio dont 15 en appellation vinsobres, 5 en IGP méditerranée, 2,5 ha en côtes-du-rhône villages et 2,5 en côtes-du-rhône générique. Soit un volume de production global de 1 000 hl vinifiés à Vinsobres avant d’être, au printemps suivant la récolte, transportés à Gervans pour y être élevés et mis en bouteilles, fûts et cuves. A parts égales, la commercialisation se fait en bouteilles et vrac. « Notre premier millésime a vu le jour en 2013. Ce qui nous permet d’offrir désormais à notre clientèle une nouvelle gamme de jolis vins fruités, complexes et aromatiques, à des prix raisonnables, souligne Nadia Fayolle. Nous véhiculons ainsi l’image de Vinsobres au nord de la Drôme et auprès de nos partenaires commerciaux. Et, même si nous ne sommes pas toujours présents à Vinsobres du fait de notre double implantation, nous soutenons les différentes manifestations du comité des vignerons. »
Avec un fils de 17 ans en école spécialisée dans la viticulture à Beaune et une fille de 13 ans qui annonce déjà vouloir devenir œnologue, l’avenir du domaine d’Aloès à Vinsobres semble bien assuré… D'ailleurs, il vient d'obtenir deux médailles d’or au concours général du salon de l’agriculture 2017 : une pour sa cuvée Aloès côte-du-rhône villages rouge 2016 ; l'autre pour son AOC vinsobres rouge 2015. 
Alain Bosmans
Aloès, une note aromatique de plus à découvrir...
Une cuvée en cru vinsobres et deux côtes-du-rhône (rouge et blanc) font la renommée du domaine Aloès :
- cuvée JL, appellation Vinsobres, vin biologique rouge issu d'un assemblage de grenache noire et syrah à déguster dans les dix ans ;
- côtes-du-rhône villages, vin biologique rouge issu d'un assemblage de grenache noir et syrah à déguster dans les cinq à dix ans ;
- côtes-du-rhône, vin biologique blanc provenant d'un assemblage de viognier, grenache blanc et roussane, à déguster dans les deux ans ;
- la gamme du domaine est complétée par un rosé IGP Méditerranée et un chardonnay vin de France.  

 

Marie-Catherine Benoit : une vigneronne vinsobraise

 

Restée seule sur l’exploitation familiale du domaine de « La Reynaude » alors que son frère et ses six sœurs se sont tous dispersés dans différentes entreprises et métiers agricoles, Marie-Catherine Benoit apporte un regard féminin nouveau au travail du comité des vignerons de Vinsobres. Elle est l’une des cinq femmes membres du conseil d’administration.
L’histoire commence en 1962 lorsque Louis Chabrol, lui-même issu d’une très ancienne famille d’agriculteurs drômois, achète le domaine de « La Reynaude » sur les hauteurs de Vinsobres. En 1964, sa fille Geneviève épouse le jeune voisin de la ferme mitoyenne, Marc Blan. De ce mariage naîtront huit enfants (sept filles et un garçon). Il faut croire que le bon sang ne saurait mentir et que Marc et Geneviève ont su transmettre à leurs enfants l’amour de leur travail. Car aujourd’hui tous les huit travaillent dans le domaine agricole : le garçon est installé à Carpentras et les sept filles sont toutes mariées à des agriculteurs, céréaliers ou viticulteurs, deux étant œnologues.
Marie-Catherine, née sixième dans l’ordre chronologique en 1974, est la seule à être restée sur l’exploitation familiale à Vinsobres. « Cette vocation agricole ne se concrétisa pourtant que tardivement, après six années d’études supérieures, explique-t-elle. J’avais commencé par des études de comptabilité et de gestion à Avignon et Grenoble. Ce n’est qu’après l’obtention à l’université du vin de Suze-la-Rousse d’un DESS du droit de la vigne et du vin que je décidai, à 23 ans, de revenir aux sources et de travailler sur la terre de mes ancêtres. »
Des activités diverses
Aujourd’hui Marie-Catherine, devenue Madame Benoit en épousant Jérôme Benoit, lui-même installé sur l’exploitation viticole de ses parents au « Mas des Flauzières » à Entrechaux, est la maman du petit Julien âgé de sept ans. Elle est salariée de l’entreprise individuelle de ses parents. « Je me suis mise à travailler à la base, avec le personnel, sur le tracteur comme avec le sécateur, tout en m’occupant de la comptabilité et de la gestion, confie-t-elle. Mes activités sont donc très diverses car à La Reynaude nous travaillons à la fois la vigne, la lavande et l’olivier sur trois communes différentes. » A Vinsobres, l'exploitation comprend 40 ha de vignes (dont 15 de cru), 10 de village Vinsobres et 15 de côtes-du-rhône, soit un potentiel de 3 200 hl entièrement vinifiés à la coopérative Vinsobraise. La lavande, sur 25 ha, représente un apport moyen annuel de 3 500 tonnes à la distillerie de la Beaume-de-Transit qui commercialise le produit. S'ajoutent sur Valréas 20 ha de vigne produisant en moyenne 1 000 hl de côte-du-rhône et côte-du-rhône village vinifiés à la coopérative « La Gaillarde ». Enfin, à Mirabel-aux-Baronnies, la vigne occupe 10 ha de côte-du-rhône et 10 autres de vin de pays entièrement vinifiés à la Vinsobraise, ainsi que 10 d'oliviers dont la production est apportée au moulin Ramade de Nyons. Ce dernier commercialise l’huile et la conserve d’olives calibrées à la ferme.
Un regard nouveau
Toutes ces activités n’empêchent pas Marie-Catherine de s’investir dans le travail du comité des vignerons de Vinsobres dont elle est administratrice depuis six ans. « Je participe aux travaux de la commission technique et du suivi de la flavescence dorée, explique-t-elle. Mais je suis surtout active dans la commission tourisme, en étant responsable de l’organisation chaque année de la “balade gourmande” en partenariat avec le comité d’animation touristique de Vinsobres (CATV). » Et quand on lui demande ce que les femmes peuvent apporter au métier de vigneron en général et au comité des vignerons de Vinsobres en particulier, Marie-Catherine souligne d’abord que les femmes sont de plus en plus nombreuses à embrasser ce métier. « Quand j’ai commencé, nous étions l’exception. Aujourd’hui, nous sommes partout ! fait-elle remarquer. Au conseil d’administration du comité des vignerons, nous sommes cinq*. Il faut dire aussi que le métier est beaucoup moins physique qu’autrefois. En plus, les femmes apportent aussi un regard nouveau sur l’exploitation, la commercialisation des vins et le marketing. Par exemple, mon mari faisait traditionnellement du raisin de table à Entrechaux. Voilà cinq ans, cela ne se vendait plus. Je lui ai alors conseillé de vendanger la parcelle et de faire un vin rosé fruité. Mis en bouteilles sous le nom de “douceur d’été”, ce vin au féminin a beaucoup plu et continue à se vendre très bien. » 
Alain Bosmans
* Anna Thorburn, Amélie Guerre, Audrey Latard, Anaïs Vallot et Marie-Catherine Benoit.

 

 

Mots clés : VINSOBRES JOURNÉES AGRICOLES NADIA FAYOLLE MC BENOIT