Publié le 02/04/2017 à 18:00 / Béatrice Dupin

Patrimoine

Ces lieux ont un jour été le théâtre d'une activité économique. Un passage obligé pour la construction d'édifices locaux. Seulement voilà, les années ont passé. Aujourd'hui, certaines carrières ne sont plus exploitées. Un paradis pour les promeneurs lorsqu'elles sont toujours accessibles. Et parfois, une seconde vie leur a été donnée.

L'élaboration du vin dans les caves cathédrales du Mas Théo, à Saint-Restitut. Un lieu qui accueille près de 
10 000 visiteurs par an.

Les carrières de Sainte-Juste, au sud du département, sont aujourd'hui désertes. Elles restent cependant une belle promenade pour ceux qui s'y aventurent.

Voilà une bien jolie carte postale. À Saint-Restitut, au sud du département de la Drôme, sur le site des anciennes carrières de Sainte-Juste, le temps semble être figé. D'imposants blocs de pierre calcaire - la "pierre du midi" - sont dispersés ça et là. Certains jalonnent même les sentiers, comme si on allait encore venir les chercher. Des ruines rappellent aussi les moyens employés pour les acheminer dans la vallée. Les témoins du dur labeur des carriers d'autrefois. Un temps désormais révolu. Aujourd'hui, la nature a repris ses droits, l'activité ayant cessé dans les années 1950. Mais le promeneur ne peut rester insensible face à la beauté des lieux. Impressionnant. Si des carrières étaient à ciel ouvert, d'autres étaient souterraines. Des lieux encore accessibles. Mais déserts. Un projet baptisé "Centre de la pierre du Tricastin" pourrait en tout cas voir le jour afin de valoriser ce patrimoine industriel et paysager.

Un lieu d'élevage pour les vins

À quelques kilomètres de là, des carrières ont pourtant trouvé acquéreur. En 1984, le lieu avait été transformé en espace de stockage par le Cellier des Dauphins. Depuis 2011, c'est Laurent Clapier qui occupe les lieux. « Lors de ma recherche, je me suis questionné : allais-je partir vers un projet de construction ou de reconversion ? », rappelle-t-il d'ailleurs. Le Mas Théo s'installera donc dans ces caves cathédrales, un lieu unique creusé dans la roche. « Les conditions sont spéciales. La régulation thermique est à 14 degrés. En terme de vieillissement, il y a plus de potentiel. Le lieu apporte au vin plus de personnalité, les conditions de vinification sont particulières », explique encore le vigneron.
Ce lieu atypique est aussi appréciable pour le commerce. « C'est un petit plus par rapport à la concurrence », confie-t-il. Le lieu accueille chaque année environ 10 000 visiteurs venus plonger dans l'histoire des lieux, du domaine et de ses crus. Cela, dans un décor façonné à la main et qui mérite, en effet, le détour.

Une part d'histoire

Cette reconversion n'est pas unique. Au nord du département, à Clérieux, Josiane et Bernard Ange élèvent leurs vins depuis 1998 dans une ancienne carrière de molasse. Cette dernière - une pierre gréseuse à grains plus ou moins friables selon les sites d'extraction - provient de dépôts marins de l'ère miocène et couvre une grande partie du sous-sol de la plaine de Valence, voire au-delà. Elle a notamment été utilisée pour construire plusieurs bâtiments patrimoniaux du territoire, tels les collégiales Saint-Julien et Saint-Barnard, respectivement à Tournon-sur-Rhône et Romans-sur-Isère, le prieuré de Saint-Donat-sur-l'Herbasse, la cathédrale Saint-Apollinaire ainsi que la Maison des Têtes à Valence, ou encore quelques hôtels particuliers.
Aujourd'hui, on ne construit plus de maisons en molasse et les carrières ont été fermées. Pour autant, celles-ci restent des sites intéressants. L'intercommunalité Valence Romans Agglo organise d'ailleurs régulièrement des visites autour de l'usage de la pierre. Ou comment valoriser une part d'histoire du territoire. D'ailleurs, lorsque des touristes s'arrêtent au domaine Ange, la surprise est au rendez-vous. « C'est une surprise pour ceux qui découvrent ce site par hasard. De la route, on ne peut imaginer. La superficie de la cave est d'environ 400 m2, pour 6,5 mètres de hauteur », explique Josiane Ange. Pour les heureux propriétaires, il s'agit d'un véritable coup de cœur. Idéal pour l'élevage avec « une température stable de 12 à 14 degrés, une humidité à 85 % », poursuit-elle. La maison Paul Jaboulet Aîné avait aussi un temps investi une carrière de molasse à Châteauneuf-sur-Isère. Ce vineum est aujourd'hui en vente.

L'ancien vineum de la maison Paul Jouboulet Aîné, route des Beaumes, à Châteauneuf-sur-Isère.

Une champignonnière

D'autres activités agricoles peuvent aussi y être menées. Avant de devenir le domaine Ange, l'ancienne carrière avait aussi été une champignonnière pendant une trentaine d'années. « Dans une carrière, les températures sont stables, une humidité naturelle est présente, l'endroit est accessible et de grands volumes d'air sont présents. On bénéficie aussi généralement de kilomètres de galeries », explique un producteur de champignons installé dans le Diois. Ce dernier a opté pour d'anciennes caves et étables. « Tant que les paramètres de culture sont présents, n'importe quel endroit peut convenir à la production de champignons, peu importe le type de roche. Un garage, une salle de bain, une ancienne mine, etc. Les conditions varient légèrement en fonction du type de champignon cultivé », indique-t-il aussi. Les anciennes carrières sont aujourd'hui peu exploitées. Avis aux amateurs. 

Aurélien Tournier

Le service patrimoine-pays d'art et d'histoire de Valence Romans Agglo propose régulièrement des visites autour de l'usage de la pierre. Sur ce cliché, un habitat troglodytique - dans une ancienne carrière - à Châteauneuf-sur-Isère.

 

VALORISATION / Un travail est conduit afin de restituer d'anciens sites à l'activité agricole.

Des terres agricoles dans d'anciennes carrières

Difficile d'évaluer aujourd'hui le nombre d'anciennes carrières dans le département de la Drôme, bien que plusieurs études historiques aient été menées. Il faut dire qu'il suffisait auparavant de faire des déclarations en mairie, les services de l'État n'en ayant la charge que depuis 1979. « Il existe aujourd'hui 70 à 75 carrières dans le département. Ces dernières sont à ciel ouvert », indique Gilles Geffraye, directeur de l'unité territoriale Drôme-Ardèche à la Dreal (direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement).L'administration reste aujourd'hui particulièrement vigilante lorsqu'une carrière est fermée. Les travaux de remise en état sont d'ailleurs prévus dès la demande d’autorisation d’une carrière. « Les exploitants doivent proposer des modalités de fermeture avant son ouverture. Cela fait partie des discussions », poursuit-il. Les solutions sont diverses. Il existe par exemple le remblayage des excavations au moyen de matériaux inertes (briques, etc.). Les différentes installations, nécessaires à l'exploitation de la carrière, peuvent aussi être démantelées et enlevées. In fine, l'unité territoriale souhaite restituer des terrains à l'activité agricole. « C'est l'un de nos objectifs », confirme d'ailleurs Gilles Geffraye. Un travail en ce sens est d'ailleurs mené avec la chambre d'agriculture de la Drôme afin de trouver la meilleure valorisation.  A. T.
Mots clés : AGRICULTURE CARRIERES VALORISATION VINS