Publié le 05/03/2017 à 06:00 / Béatrice Dupin

Élevage de bovins

Depuis 2005, Benoît Souvignet et son père ont formé plus de 2 400 éleveurs à une méthode de dressage en douceur élaborée sur la base de leur propre expérience. « On n’a rien inventé, ce sont les animaux qui nous ont tout appris ! »

Benoît Souvignet a appris le dressage avec son père, Michel, mais surtout auprès des animaux.

On parle beaucoup d'innovations technologiques en agriculture, mais il est également possible d'innover de façon immatérielle et d'exporter un savoir-faire. C'est ce que fait une famille d'éleveurs du Cantal : les Souvignet. Depuis 2005, c'est dans un registre peu connu que le Gaec Souvignet (devenu Souvignet-Patient) s'illustre en essaimant sa méthode de dressage de bovins dans 50 départements, mais aussi en Suisse, au Luxembourg, en Belgique ou encore chez les voisins ibères. « On n'a rien inventé, tout ce qu'on sait, ce sont les vaches qui nous l'ont appris et on continue d'apprendre », tient à relativiser Michel Souvignet, aujourd'hui retraité. En une décennie, il a animé, avec son fils Benoît, près de 160 sessions de formation, auprès de quelque 2 400 éleveurs dont la plupart ont depuis revisité leur approche animalière. Une approche sans aucun esprit anthropomorphique mais qui prône un dressage sans stress mais ferme pour simplifier et sécuriser le quotidien des éleveurs.

Benoît Souvignet et son père ont déjà leur planning de formation complet pour 2017. Une activité qui entre dans les recettes du Gaec.

Trente ans d'expérience

Cette méthode, ils l'ont mise au point pas à pas, en cheminant aux côtés de leur cheptel limousin, auquel il s'agissait d'abord d'apprendre aux animaux à défiler pour les concours. « Benoît devait avoir dix ans, il voyait des copains qui partaient en concours, il a voulu dresser des animaux... et quand on n'est pas fort, il faut être habile, sourit Michel Souvignet. On voulait les faire marcher à la corde et on s'est aperçu qu'il y avait des choses que les animaux acceptaient facilement, d'autres pour lesquelles ils rechignaient systématiquement. » Un sens de l'observation aiguisé et pas mal de temps passé au milieu du troupeau vont forger une expérience commune de 30 ans.
Une méthode acquise sur le tas, dans les élevages - « contrairement à l'éthologie de laboratoire », glisse Michel - et qui fait ses preuves. Avec des intérêts multiples pour les éleveurs : faciliter la conduite du cheptel, la sécurité(1) des hommes et animaux. « Mais c'est aussi un moyen de sélection car ça permet d'éliminer les animaux à caractère et de valoriser son produit : un reproducteur docile comme une génisse licolée, se vend forcément mieux », témoignent les Souvignet. « Au départ de la formation, il y a des gars sceptiques mais quand ils voient qu'en dix minutes on fait marcher une génisse, ils n'en reviennent pas ! » Avant d'arriver à ce résultat, père et fils réalisent un diagnostic de l'exploitation support de la formation, de ses pratiques et délivrent leur feuille de route qui débute par l'aménagement du bâtiment. Avec un leitmotiv : pas d'échappatoire, de cachette, de demi-barrière dans le parc à veaux qui doit rester fermé pour les empêcher de se réfugier derrière sa mère. « Il faut apprendre au veau à rester en présence de l'homme, ce qui suppose des contacts quotidiens et de lui ôter toute possibilité de fuite, explique Benoît. Si vous avez 30 jeunes bovins à sevrer, mieux vaut faire trois parcs pour dix veaux qu'un seul pour 30. »

La phase clé de séparation avec la mère

Le sevrage est la phase clé du dressage : « C'est la séparation avec la mère, là où le veau est le plus déstabilisé, donc réceptif et peut s'attacher à l'éleveur. C'est à ce moment-là qu'on fixe la formation ». Ce qui n'enlève rien à la nécessité d'une présence humaine quotidienne auprès du troupeau dès le plus jeune âge : « quinze minutes deux à trois fois par jour dans la stabulation suffisent », analyse Michel.
Autre cap important : l'apprentissage du respect de la corde puis celui de l'homme. Objectif : que l'animal ne tire plus sur la corde. Comment ? En l'attachant deux jours consécutifs (2 fois 8 heures) au licol à une barrière(2). « Au départ, il va s'exciter, si on le relâche au bout d'une heure, il sera toujours énervé et stressé, ça n'aura servi à rien. Il faut qu'il se calme. » Une étape qui sert aussi de test : les animaux toujours récalcitrants à son terme ne sont pas récupérables et font partie des 10 % de bovins « à caractère, indressables ». Au Gaec Souvignet-Patient, ce dressage à la corde fait partie des tâches incontournables : « ­­Au sevrage, on planifie une semaine pour ça. » L'animal est alors prêt pour la phase d'approche et l'apprentissage de la marche, comme l'expérimentent les éleveurs en formation, où, à tour de rôle en binôme, ils vont acquérir les bons automatismes dans un couloir de marche puis dans un espace de semi-liberté. Comme ses « élèves », Michel est toujours aussi enthousiaste des résultats. « Trente ans après, c'est toujours aussi passionnant », lâche-t-il. n

Patricia Olivieri
(1) 41 % des accidents sur les élevages sont provoqués par les animaux.
(2) Jamais face à un mur, avec au maximum 40 cm de corde entre la tête de l'animal et le point d'attache (barrière).

 

Portrait du Gaec  Souvignet-Patient
Benoît Souvignet et Sylvain Patient élèvent 160 mères limousines conduites sur plusieurs sites. Une quarantaine de génisses sont conservées pour le renouvellement, le reste est vendu pour la reproduction, de même que 20 à 25 mâles. Passionné de sélection et génétique, « piment du métier », le Gaec est un habitué de l’Inter-régional limousin de Cournon et du National limousin. 

 

Michel Souvignet
Focus / Michel Souvignet donne un petit aperçu de ce qu’il faut faire et savoir pour dresser un animal en toute sécurité.

Idées reçues et réalités vécues

Peut-on dresser n’importe quel bovin ?
Michel Souvignet : « On trouve en moyenne 60  % d’animaux dits normaux, 30 % de difficiles souvent parce qu’ils ont un problème de vue, qu’ils perçoivent mal leur environnement, ce qui est source de stress mais qui sont récupérables et puis 10  % qui ne sont pas dressables en raison de leur hérédité. On ne devrait jamais faire saillir avec un taureau qu’on ne peut pas faire marcher. »

Y a-t-il un effet race ?
M. S. : « On a travaillé avec onze races et globalement on a les mêmes résultats. Il y a plus d’effet « conduite d’élevage » et « génétique » que race.

Mâle ou femelle, même résultat ?
M. S. : « C’est pareil même si on dresse beaucoup moins de mâles ou alors des individus supérieurs à la moyenne parce qu’ils sont gardés pour la reproduction. »

Allaitant et laitier, des différences ?
M. S. : « Les besoins sont moindres en laitier car les animaux sont manipulés dès le plus jeune âge mais on obtient les mêmes résultats. Ceci dit, des vaches à caractère, on en trouve autant en laitier qu’en allaitant. »

Tout éleveur est-il capable de dresser son cheptel ?
M. S. :  « En théorie, oui. Mais on constate que certains, même avec la meilleure volonté, n’y arrivent pas. Après, c’est du feeling… »  
 
Des astuces ?
M. S : « Pour rassurer un animal, ont peut poser la main sur l’épi de l’arrête dorsale, lui masser l’œil, pincer la base de l’oreille, ça lui coupe le son, le remet dans sa bulle et le calme. Ou encore passer le pouce sous la langue, mastiquer le distrait et le détend. » 

A voir en DVD /  Le dressage facile et sans stress
Une vidéo reprenant la méthode Souvignet a été réalisée il y a quelques années. Ce DVD a obtenu un Sommet d’or à Cournon et est disponible auprès de l’OS limousine.

 
Mots clés : ELEVAGE BOVIN SOUVIGNETS DRESSEURS