Publié le 19/02/2017 à 07:20 / Béatrice Dupin

Lieutenant de louveterie

Michel Metton, lieutenant de louveterie depuis 1999 dans la Drôme est président du groupement de louveterie régional. Ces agents bénévoles de l’État assermentés, qui contribuent à la régulation de la faune sauvage doivent faire preuve de compétence cynégétique, d’une « bonne moralité » et d’aptitudes à la médiation.

Michel Metton, président du groupement de louveterie régional.

Prudent et prenant moult précautions pour définir le rôle du lieutenant de louveterie, Michel Metton brosse à petites touches le quotidien d'un lieutenant de louveterie. Ces hommes de l'ombre conseillent l'administration départementale sur la gestion cynégétique et réalisent la majorité des destructions administratives d'animaux dits nuisibles, y compris ceux dont les espèces sont soumises à plan de chasse obligatoire. Ils gèrent également les régulations ordonnées par arrêté préfectoral. Même si la formule lui paraît brutale, il précise d'emblée : « nous ne sommes pas des tueurs ». Ces lieutenants sont le bras armé du préfet dans la nature et ils prêtent serment. Michel Metton, 64 ans, est aussi éleveur de volailles à Montmeyran dans la Drôme. « Les lieutenants de louveterie généralement cooptés, puis nommés par le préfet, n'ont pas 20 ans. Il faut beaucoup de mesure et savoir négocier, car nous devons toujours arrondir les angles sur le terrain entre agriculteurs, élus, chasseurs, protecteurs de la nature... La médiation est la base de notre fonction », explique-t-il. Le lieutenant de louveterie doit bien sûr avoir une bonne connaissance cynégétique, être chasseur depuis au moins cinq ans et avoir une aptitude physique pour parcourir monts et vallées. « Notre passé cynégétique doit être clair, nous devons avoir toujours agi dans le respect de la législation de la chasse et de l'environnement. Tous les cinq ans, nous postulons pour cette fonction et l'administration tranche », rappelle Michel Metton. Droit dans ses bottes, il assure maintenant la présidence du groupement de la région Aura.

Entre mesure et passion

Ces hommes en uniforme et portant leur insigne à la tête de loup sont chargés chacun d'un secteur qu'ils connaissent bien sur lequel ils exercent leur compétence, y compris la constatation d'infractions de chasse et la répression du braconnage. Ils doivent élever a minima quatre chiens courants ou deux chiens de déterrage. Avec diligence, ils sont tenus de répondre aux arrêtés nominatifs du préfet. « On nous ordonne d'intervenir, nous sommes aussi appelés par des maires pour des dégâts de gibier, on vérifie alors la situation sur le terrain, on attend l'arrêté et seulement après, nous intervenons après avoir prévenu les gendarmes, le maire, l'ONCFS et souvent les chasseurs », précise le lieutenant de louveterie. « Nous adaptons les moyens d'intervention à la situation sur le terrain. Parfois, il y a besoin de tirs de nuit pour le sanglier par exemple ; nous devons intégrer le risque, prendre du recul par rapport aux événements et chercher la meilleure solution pour protéger les récoltes et respecter les intérêts cynégétiques ».

Devoir de réserve

Dans la Drôme, au fil de l'année, les louvetiers régulent les populations de sangliers, blaireaux, corvidés, pigeons, renards... Michel Metton dit aussi sa passion de la faune sauvage. « On voit ce que beaucoup n'observent pas ». Gamin, il élevait des faisans ; pour son BEPC, il a reçu en cadeau un épagneul breton et il détient son permis de chasser depuis l'âge de 16 ans.

Les lieutenants de louveterie doivent porter dans l’exercice de leur fonction l’insigne spécial « tête de loup ». ©LG

Quand se pose la question du loup, Michel Metton met en avant son devoir de réserve. Le sujet suscite trop de passions et il réveille une blessure chez les louvetiers de la Drôme, où deux loups ont été prélevés en octobre dernier. « Nous avons été très peinés que des photos de ces loups aient circulé. On ne communique pas d'image de bêtes abattues ». Il précise néanmoins qu'il faut 1 000 heures de travail d'agents assermentés pour prélever un loup.

Un nouvel équipement

Le seul commentaire du président du groupement régional de lieutenant de louveterie porte sur l'octroi en novembre dernier par le conseil régional d'une aide de 200 000 € pour un plan loup incluant des actions de communication et juridiques. « Nous recevons 95 000 €, dont 20 000 € couvriront des dépenses de fonctionnement et le reste permettra l'achat de matériel de vision nocturne mieux adapté au prélèvement de loup, précisait Christian Blachier, responsable ONCFS dans la Drôme fin janvier. « Nous apprécions cette décision. Il s'agit d'équiper les louvetiers avec des lunettes thermiques permettant de tirer sur une cible identifiée à une distance de plus de 200 mètres. Nous allons tester ce matériel militaire avant de passer commande ». 

Louisette Gouverne

 

Les lieutenants de louveterie sont amenés à intervenir sur ordre du préfet pour des dégâts de gibier par exemple.

 

Une vénérable institution 

La louveterie française a été fondée en 813, sous Charlemagne. Les Lupari, sont alors chargés de la chasse aux loups. La louveterie a été rattachée au ministère de l’Environnement en 1973. Au XXIème siècle, elle doit participer à la gestion durable des espèces sauvages compatibles avec les intérêts agro-sylvo-cynégétiques. Depuis 2001, les lieutenants de louveterie sont « membres de droit » du conseil national et des conseils départementaux de la chasse et de la faune sauvage.
Les associations départementales et régionales - les groupements de louveterie - sont réunis au sein de l’association des lieutenants de louveterie. Chaque lieutenant, en prenant sa fonction pour cinq ans (renouvelable), signe une charte en dix points, qui met en avant leur rôle de conseiller cynégétique de l’administration. Ils peuvent exercer ce mandant jusqu’à 75 ans. La région Auvergne-Rhône-Alpes dispose de 250 lieutenants de louveterie (dont 160 sur l’ex-Rhône-Alpes). Les bilans 2015 des régions font état en Auvergne de 1 000 missions pour 22 470 animaux prélevés et 97 560 km parcourus, tandis qu’en Rhône-Alpes, les louvetiers ont consacré 21 150 heures à leurs actions et parcouru 309 190 km. 

 

 

 

Le ministère de l’Environnement estime le nombre de loups en France compris entre 206 et 358.
Acteur du prélèvement des loups

Dix-sept loups ont été abattus au 5 janvier dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. En France, le loup classé « vulnérable » compte parmi les trois espèces protégées en Europe par la convention de Berne et la directive « Habitats faune flore ». L’arrêté du 23 avril 2007 fixe la liste des mammifères terrestres protégés sur l’ensemble du territoire de l’Hexagone. Toutefois, il existe des dérogations à ce statut de protection lorsque la prédation sur les troupeaux est trop importante. Les degrés d’intervention sont divers, allant de la dissuasion par effarouchement, au tir de défense jusqu’au tir de prélèvement, où l’objectif est de tuer le loup. Les opérations de prélèvements sont coordonnées et dirigées par l’ONCFS, qui s’appuie principalement sur les lieutenants de louveterie. Pour la période de juillet 2016-juin 2017, le nombre maximal d’abattages autorisés par dérogation, objet d’un arrêté préfectoral de destruction, a été fixé à 36. Au 5 janvier dernier, on comptabilisait 33 loups prélevés en France, dont trois en Drôme, trois en Isère, six en Savoie et 17 au total pour la région. Par ailleurs, pour mémoire, la destruction d’un loup, sans respecter les règles de dérogation, est sanctionnée par une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende.

Augmentation sensible

Les débats persistent sur l’évaluation du nombre de loups présents en France. Leur nombre a augmenté les dernières années. Le ministère de l’Environnement se réfère à l’effectif minimum retenu (EMR) dans les zones de présence permanentes (ZPP), une estimation basse des effectifs qui correspond au dénombrement minimal des animaux sédentarisés. Durant l’hiver 2014-2016 l’EMR est estimé à 129 contre 138 l’année précédente. Tandis que l’effectif total prenant en compte les loups en dispersion se situait dans une fourchette entre 206 et 358. En 2015, on a dénombré en France 2 500 attaques pour un total de 9 000 bêtes tuées, en grande majorité des brebis et des agneaux, avec 40 % des dommages dans les Alpes-Maritimes. Ce chiffre représente 0,2 % des 4,2 millions d’ovins abattus en France cette année-là.
Dans la Drôme, par exemple, l’un des départements particulièrement concernés par le loup, Christian Blachier, responsable pour l’ONCFS, estime « qu’au moins cinq meutes sont installées et que cela correspond à la présence de 20 à 30 loups ». Si l’évaluation reste délicate, il est évident que la population de loups a sensiblement augmenté les dernières années. En 2016, dans la Drôme, ont été constatées 132 attaques (identifiées loup) avec 416 victimes animales. Les indemnisations versées aux éleveurs ont atteint 112 000 €. Pour les agents de l’ONCFS de la Drôme, le suivi loup et les constats ont représenté 1 600 heures de travail en 2016 (sur 19 000 heures d’activité au total pour l’équipe). 

Mots clés : LIEUTENANT DE LOUVETERIE MICHEL METTON ONCFS