Publié le 12/02/2017 à 06:00 / Béatrice Dupin

Fwee, le cuir de fruits

À Aouste-sur-Sye, Soizic Ozbolt produit des friandises de fruits secs à partir de marchandises agricoles n’ayant pu être vendues. L'initiative a récemment été distinguée lors d'un concours régional.

Soizic Ozbolt  confectionne du cuir de fruits. Il s'agit d'une purée de fruits déshydratée, une technique ancestrale.

La lutte contre le gaspillage alimentaire, c'est une cause qui lui est chère. Il y a cinq ans, Soizic Ozbolt créait l'antenne lyonnaise de Disco Soupe. « Nous faisions les supermarchés, les fins de marché. Nous récupérions alors les produits invendus. Puis, nous les cuisinions sur la place publique et nous les servions », raconte-t-elle volontiers. Ou comment informer et sensibiliser la population sur la réalité du gaspillage alimentaire dans une ambiance festive.

Le cuir de fruit

Agronome de formation et spécialiste de la logistique et achats, Soizic Ozbolt a également travaillé plusieurs années à l'étranger. C'est d'ailleurs lors d'un voyage au Liban qu'elle fit la découverte du « cuir de fruits ». Il s'agit d'une purée de fruits que l'on désydrate. Une technique ancestrale. À son retour, il y a deux ans, elle fait ses premiers tests.
La marque Fwee sera officiellement lancée le 12 juin 2015. L'atelier a depuis déménagé dans la Drôme. Aujourd'hui, près de 17 tonnes de fruits ont été transformés en friandises. Environ 25 000 sachets ont été commercialisés. Des produits que l'on peut trouver dans six boutiques. Deux d'entre elles sont implantées dans la Drôme, à Crest et Saoû. Le site internet de la marque permet aussi d'écouler la marchandise.

L'atelier de fabrication de Soizic Ozbolt est implanté à Aouste-sur-Sye.

À la recherche de nouveaux producteurs

Pour l'heure, Soizic Ozbolt peut compter sur trois à cinq producteurs implantés en vallée du Rhône afin de satisfaire ses besoins en pommes, poires, abricots, pêches, fruits rouges ou encore en kiwis. Des fruits récoltés mais qui n'ont pas trouvé d'acheteurs. Ces professionnels peuvent être en agriculture biologique, en cours de conversion ou en agriculture raisonnée. Parmi eux, Quentin Monteux, dont l'exploitation est située à Cliousclat. « Je ne connaissais pas du tout cette technique. Pour nous, c'est intéressant. Nous produisons 2 000 tonnes de pêches et abricots ; 10 % partaient à la benne car ils ne trouvaient pas preneurs. C'était une perte sèche », explique-t-il notamment.
Mais l'entrepreneuse reste ouverte à la venue de nouveaux fournisseurs. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si elle a choisi de s'implanter dans ce bassin de production. Pour les agriculteurs, la relation semble être gagnant-gagnant, ce débouché permettant de valoriser le travail fourni. Il s'agit aussi de ne pas gaspiller les ressources utilisées pour la production des fruits, notamment le travail humain, l'eau, le sol, etc. Dernier point, et non des moindres, la revente engendre un gain financier. Le producteur économise même d'éventuels frais de compostage.

Des micro-ateliers sur les exploitations

Les arboriculteurs produisant les types de fruits cités précédemment peuvent se manifester. Tout comme ceux de prunes, qui manquent encore à l'appel. Soizic Ozbolt souhaite aussi échanger avec les agriculteurs. « Je voudrais que l'on m'explique la gestion des surplus. Tous n'ont pas les mêmes pratiques. Il s'agit pour moi de trouver des axes de travail. Comme personne ne parle de ce problème, on pense qu'il n'existe pas », indique-t-elle.
Pour ceux qui souhaiteraient prendre part à cette aventure, rien de plus simple. Soizic Ozbolt s'occupe en effet de tout. « Je me débrouille. Mon atelier de transformation est dans un semi-remorque. L'idée est de créer des micro-ateliers sur les exploitations, capables de se balader au gré des récoltes. Il me faut seulement une source d'eau ainsi qu'un branchement électrique triphasé », poursuit-elle. « Une expérimentation innovante », voilà en tout cas comment elle définit son projet. Quels objectifs à terme ? Il n'est pas impossible que ces micro-ateliers fabriquent dans quelques mois d'autres produits. « Le cuir de fruit est aussi une matière première pour les pâtisseries, les boulangeries, etc. Les applications sont diverses et variées », explique Soizic Ozbolt. Cette initiative pourrait-elle s'implanter dans d'autres territoires ? À suivre. L'objectif est avant tout idéologique. Il s'agit en premier lieu de faire évoluer les mentalités et répondre tout d'abord à une problématique sociale. « Près de 45 % des fruits produits en Europe finissent à la poubelle. Il y a de toute évidence un manque dans la filière de transformation », souligne encore la cheffe d'entreprise. 
A.T.

 

En savoir plus :  www.fwee.fr.
Pour contacter Soizic Ozbolt, tél. : 06 29 84 46 33.

Soizic Ozbolt, lauréate du concours régional Initiative «♀ » féminin

En 2016, Auvergne-Rhône-Alpes Active et Initiative Auvergne-Rhône-Alpes ont organisé la 7e édition du concours régional Initiative « ♀» féminin. Pour la première fois, il l'a été à l'échelle de la nouvelle grande région Auvergne-Rhône-Alpes. Quatre créatrices d'entreprise de la région ont été distinguées parmi les 16 finalistes nominées. La Drômoise Soizic Ozbolt a pour sa part raflé le prix innovation.
Aujourd'hui, seules 30 % des créations d'entreprise en France sont portées par des femmes. Ce concours vise ainsi à leur donner l'envie d'entreprendre.  

Mots clés : FWEE FRUITS TRANSFORMATION FRIANDISE, SOIZIC OZBOLT CONCOURS INITIATIVE AU FÉMININ