Publié le 04/02/2017 à 06:00 / Annie Laurie

Commerce

Claude Mottet est épicier ambulant depuis trente ans. Un métier dur mais passionnant sur ses aspects relationnels, dit-il. Il est d'ailleurs plein d'attention pour ses clients.

Claude Mottet est épicier ambulant depuis trente ans. Un métier devenu rare qui le fait vivre et le rend heureux.

Fruits, légumes, pains, viandes, charcuteries, fromages et autres produits frais, épicerie sèche, droguerie... Dans son camion magasin, Claude Mottet propose tous les produits basiques de l'alimentation générale et la droguerie mais en petites quantités. Il est devenu épicier ambulant en 1987 lorsque son père, Roger(*), a pris sa retraite.
« J'ai repris à une période difficile, se souvient Claude. Le petit commerce, ce n'était pas gagné à l'époque. » Il dit avoir été inquiet pour son avenir, à certains moments. Depuis une dizaine années, il est optimiste : « Le métier est dur. C'est beaucoup de travail, un revenu en dessous du Smic si l'on compte toutes les heures passées et maximum quinze jours de vacances par an. Mais je gagne ma vie. Et j'aime le contact avec mes clients, les rapports humains sont très enrichissants. Je pourrais travailler jours et nuits, le potentiel de clientèle est énorme. Pour l'essentiel, il s'agit de personnes âgées, ayant du mal à se déplacer. J'ai aussi eu en projet de faire des tournées en ville car il y en a aussi. » Voici une décennie, il a également envisagé de créer un drive, avant même le développement de ce mode de distribution. Il avait bien avancé son projet mais l'a abandonné car « cela demandait de gros moyens logistiques et la clientèle est volage ».

* Roger Mottet, le père de Claude, a été épicier ambulant pendant quarante ans. D'abord, et comme ses frères (photo), en tant qu'employé des établissements Louis Chartier dans les années 1940. Puis il s'est mis à son compte, en 1958.

« Un cinq étoiles du service »

Claude adapte son offre à la demande de ses clients. Son objectif : « Que le premier de la tournée comme le dernier y trouve tout ce dont il a envie ». Son commerce fait aussi office de « Point vert » du Crédit Agricole (retrait d'espèces). « Je suis un cinq étoiles du service, je vais jusqu'au domicile de mes clients », confie Claude. Chez certains, il n'a pas besoin de klaxonner, ils l'attendent. Et il compte des fidèles qui « jouent le jeu ». « Quand j'en perds un, souvent c'est qu'il est décédé », indique-t-il.
Cet épicier ambulant mise sur « le service, le service, le service ». En illustration, prenons l'exemple d'une tournée, celle du glacial 17 janvier. Une matinée seulement, Claude allant faire le plein chez Métro(**) l'après-midi, comme une à deux autres fois par semaine. Rendez-vous au point de départ, à Saint-Paul-lès-Romans, lieu de remisage du camion et du stock de marchandise. Un peu avant dix heures, nous voilà partis dans la campagne pour Pizançon, Chatuzange-le-Goubet, Saint Mamans, Rochefort-Samson et la gare de Marches. Sept clients à voir.

Une cliente offre le café à Claude Mottet, qui lui apporte ses courses sur la table de la cuisine.

Au plus près

Premier arrêt devant une maison. Un coup de klaxon, ouverture de l'auvent et une cliente de plus de 80 ans apparaît, rejointe ensuite par son mari. Voici quelques années, après avoir vu passer le camion magasin, elle a téléphoné à Claude pour qu'il s'arrête chez eux, ce qu'il fait depuis. « C'est formidable et pratique, dit-elle. Je n'aime pas les grandes surfaces. Monsieur Mottet est sérieux. Il a de très bons produits et nous rend service. Et puis le contact, c'est important. »
A un autre arrêt, l'épicier descend de son camion et se dirige vers une fenêtre qu'une cliente de 87 ans ouvre. Elle lui tend sa liste de courses et son cabas. Il remplit celui-ci et le ramène dans la cuisine de la dame où l'attend un café fumant. « Le père de Claude passait déjà chez nous et achetait des tommes de nos chèvres », explique-t-elle. Claude collectait aussi des fromages et des œufs, au début. Mais la réglementation a évolué. Aujourd'hui, au cours de ses tournées, il se fournit auprès de deux agriculteurs producteurs de fromages de chèvre seulement et de plusieurs producteurs de fruits et légumes suivant les saisons.
Chez une autre cliente, l'épicier va directement prendre la commande dans la maison, retourne au camion puis revient avec les provisions. Là, pas de demi-tour de crainte que le camion patine dans la neige. Alors, lente et prudente marche arrière sur le chemin jusqu'à la route. A la fin de la tournée, également chez des clients que son père servait déjà, Claude trouve le portail de la cour ouvert lorsqu'il arrive. Ainsi, le camion magasin vient jusqu'à la porte de leur maison. Et oui, l'épicerie Mottet, c'est de l'hyper-proximité.

L'hiver, Clausde Mottet rencontre parfois la neige sur ses tournées.

Savoir durer

« Je suis plus cher que les grandes surfaces, c'est évident, confie encore Claude. Mais je fais attention aux prix et ne pousse pas à la consommation. Parfois, des clients me disent : " Quand vous êtes en vacances, cela me coûte cher car je dois aller faire les courses en taxi ou demander à mon aide ménagère". C'est pour ça aussi que j'arrive à durer. Il y a dix ans, je ne tenais pas le même discours. Aujourd'hui, je constate un changement. Je suis super bien accueilli. Des communes font tout pour que je passe sur leur territoire. »
En trente ans d'activité, Claude a amassé des souvenirs, des anecdotes. Il a entrepris de les rassembler en vue de l'écriture d'un livre sur son métier. Un métier devenu rare mais qui le fait vivre et le rend heureux. Et sa passion, il l'a sans doute transmise à un jeune venu se former avec lui puisqu'il est épicier ambulant depuis un an et demi dans les environs d'Annonay.

Annie Laurie

(**) Métro : grossiste alimentaire pour professionnels.

 

Epicier ambulant / Claude Mottet, un commerçant humaniste ayant su évoluer.
Le métier vu par Claude Mottet
« Je m'attache à mes clients », confie Claude Mottet.
Avec son service "Veiller sur mes parents", La Poste propose qu'un facteur rende visites à des personnes âgées. « Moi, je le fais toute l'année, constate Claude Mottet. Lorsqu'un client ne vient pas au camion, je m'affole. C'est qu'il se passe quelque chose d'anormal. Je ne suis pas médecin mais, passant toutes les semaines, je me rends compte si un client ne va pas bien, s'il a besoin d'une écoute. Il m'est arrivé d'appeler la famille d'une personne qui déprimait. Je m'attache à mes clients. La veille fait partie de mon métier. Il faut avoir la fibre humaniste. » Des clients, il en a d'ailleurs sauvé trois, dont une personne victime d'un malaise devant son camion qui s'est évanouie dans ses bras.
Avoir l'intelligence de s'adapter
Le métier d'épicier ambulant a changé depuis que Claude l'exerce. « Il faut avoir l'intelligence de s'adapter aux évolutions », observe-t-il. Ainsi, son père parcourait cinq à six communes par tournée, lui bien plus. Dans maints villages, boucheries et boulangeries ont disparu. Donc, à présent, il vend du pain et de la viande. « Quand j'ai repris le commerce, il y avait la concurrence des grandes surfaces puis des hard discounters, se souvient Claude. Maintenant, c'est plus celle du portage de repas à domicile que les drives. Alors, je m'adapte : chez les clients y ayant recours, je ne passe que tous les quinze jours et je propose à présent des plats préparés (taboulé, crudités assaisonnées, quiches, paëlla...). »
A. L.

 

Repères

 
Autour de 130 clients, dont 20 à 30 sur les tournées d'une journée complète (de 8 h 30 à 18 h 30 non stop) et, en règle générale, un circuit de 100 kilomètres. 50 semaines par an.
Lundi : Châtillon-Saint-Jean, Génissieux, extérieur de Romans, Châteauneuf-sur-Isère, Alixan, Chabeuil, Peyrus, Charpey, Saint-Vincent-la-Commanderie... Mardi matin : Pizançon, Chatuzange-le-Goubet, Saint Mamans, Rochefort-Samson et la gare de Marches. Mercredi : Royans. Jeudi matin : secteur d'Eymeux, Saint Lattier, Saint Hilaire, Saint-Bonnet-de-Chavagne. Vendredi : Drôme des collines, Crépol, Montrigaud, vallée de la Galaure... et Isère.
Un camion aménagé, avec banque réfrigérée, renouvelé tous les dix ans environ. Coût du dernier (son quatrième) : 75 000 euros tout équipé.
Quelque 2 000 produits alimentaires et de droguerie à la vente.
Un chiffre d'affaires assez régulier (en hausse en 2016).
Mots clés : EPICIER AMBULANT