Publié le 16/10/2016 à 06:00 / Annie Laurie

Site pilote

A Loriol, Zak Abbaz a installé une unité pilote d'aquaponie unique en France. Y sont expérimentés, en combinaison, l'élevage de poissons avec la culture de plantes et de spiruline.

Zak Abbaz (à droite), président fondateur d'Aquaponie Valley, Guillaume Koessler (spécialiste de la culture de la spiruline) et Benoît Guénolé (responsable pisciculture).

L'idée de l'aquaponie a commencé à germer en juillet 2012 dans l'esprit de Zak Abbaz(1). Et l'unité pilote d'Aquaponie Valley, association dont il est le président fondateur, a été lancée en février dernier. L'aquaponie est une forme d'aquaculture intégrée associant élevage de poissons et hydroponie (culture hors-sol de végétaux). Elle consiste à créer un écosystème. Les déchets des poissons sont transformés par des micro-organismes en aliments pour les plantes cultivées. L'eau circule en circuit fermé depuis les bassins à poissons jusqu'aux bacs de culture des végétaux. Après avoir été « nettoyée » par les plantes, elle retourne dans les bassins à poissons. La boucle est bouclée et le cycle recommence.

Une unité expérimentale

Volontairement de dimension restreinte, « cette unité pilote est destinée à tester la faisabilité technico-socio-économique de ce concept innovant », explique Zak Abbaz. Pour mener à bien cette entreprise, il s'est entouré de Guillaume Koessler et de Benoît Guénolé, l'un pour ses compétences dans la culture de la spiruline, l'autre dans la pisciculture.
L'unité est basée dans un atelier relais au sud de l'agglomération de Loriol (zone d'activité des Blaches, en bordure de la N7). Y sont élevées des perches et des carpes. Et y sont cultivés des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (menthes, basilic, sarriette, persil, estragon, mélisse, sauge, cresson des fontaines, stévia, arnica), des fraisiers ainsi que de la spiruline ( micro-algue « à forte valeur nutritionnelle et commerciale » utilisée comme complément alimentaire car riche en protéines, antioxydants, minéraux et vitamines).
Actuellement et jusqu'en décembre, Aquaponie Valley opère des réglages en vue de combiner l'élevage de poissons et la culture de plantes aromatiques et médicinales. Ces dernières sont placées sous un éclairage led de différentes couleurs, destiné à la recherche avec des caractéristiques et spécificités en fonction des besoins (croissance, floraison, qualité nutritionnelle...). Le concept est aussi testé dans une mini-serre pilote avec un partenaire (société MVI2) mais uniquement à la lumière du jour, sur basilic, menthe, camomille, stévia, arnica, fraisiers...

 


La spiruline est cultivée en bouteilles.

 

Un concept écologique

 

Aquaponie Valley n'utilise pas de produits phytosanitaires ni d'engrais chimiques sur les plantes car ils sont incompatibles avec les poissons. De même, aucun antibiotique n'est administré aux perches et carpes. Quant à l'eau, « environ 2 % seulement est renouvelée quotidiennement car elle circule en circuit fermé, contre 40 à 50 % en pisciculture, fait remarquer Zak Abbaz. L'aquaponie est un système écologique, vertueux. »
La France ne compte pas encore de fermes aquaponiques. « Ailleurs, il en existe depuis la fin des années 1970 : aux Etats-Unis, au Canada, en Chine, Australie, Allemagne... Elles produisent des poissons et des légumes (salades, tomates...). On sait que le système fonctionne. Nous voulons démontrer qu'il est possible de produire d'autres plantes. Sur ce que nous avons testé, le bilan est positif. Des plantes réussissent bien. »

 

 

Pour Aquaponie Valley, 2016 est une année d'expérimentation. Si le concept fait ses preuves, Zak Abbaz lui donnera une dimension supérieure. Dans un premier temps, son objectif serait de produire 10 tonnes de Ppam, 750 kilos de spiruline et 5 tonnes de poissons en 2017. Pour la transformation (en sous-traitance), il a deux pistes : les Esat(3) et les personnes éloignées de l'emploi (en insertion ou réinsertion). Dans un second temps, Zak Abbaz envisage de développer, en plus, une activité de conseil, ingénierie, formation en aquaponie et maintenance du système. Son projet, il souhaite l'élargir à d'autres, notamment aux agriculteurs qui voudraient se lancer dans cette nouvelle forme de production.

Annie Laurie

(1) Diplômé Bac+5 en comptabilité-gestion, Zak Abbaz (48 ans) a une vingtaine d'années d'expérience en ce domaine. Il a aussi œuvré dans l'économie sociale et solidaire.
(2) MVI : injection plastique et articles de jardinage (tunnels de forçage, de culture, cordeaux, tuteurs...).
(3) Esat : établissement et service d'aide par le travail (réservés aux handicapés).

 

Dispositif / L'eau des poissons passe dans des décanteurs puis un biofiltre avant d'arriver dans les bacs des plantes et de revenir au point de départ. Les plantes sont cultivées les racines dans l'eau et sous la lumière de leds.
Les installations d'Aquaponie Valley

Les plantes sont nourries avec les déchets des perches et carpes élevées. 
Aquaponie Valley élève ses perches et carpes dans quatre bacs (d'1 m³ chacun) et les nourrit avec de l'aliment biologique. L'eau sortant des bacs piscicoles est dirigée vers deux décanteurs où est retenu un maximum des fèces des poissons. « Le but est de valoriser ces déjections en agriculture par épandage », indique Guillaume Koessler. L'eau passe ensuite dans un biofiltre. Là, l'ammoniac provenant des déjections et restes d'alimentation des poissons est transformé en nitrite puis en nitrate assimilable par les plantes. Cette transformation est assurée par des bactéries apportées par ensemencement.
Les poissons nourrissent les plantes
Culture des végétaux sous éclairage artificiel à leds de différentes couleurs.
L'eau arrive ensuite dans quatre bacs de culture contenant tous les mêmes végétaux. Mises dans de petits pots ajourés, les plantes sont maintenues avec des billes d'argile pour les stabiliser le temps que poussent leurs racines. Ces pots reposent sur une plaque flottante. Dernière étape, propre et filtrée, l'eau revient au point de départ : les bassins à poissons.
Au-dessus des plantes, est disposé un éclairage artificiel à leds, donc économe en énergie. Autre avantage, il donne la possibilité d'utiliser différentes longueurs d'onde (couleurs). La couleur d'éclairage varie d'un bac à plantes à l'autre. Sont ainsi testés les effets de leds blanches, rouges et rouge sombre, blanches et rouges, bleues et rouges sur le comportement des végétaux. « On peut obtenir des morphologies et des croissance différentes des plantes juste en modifiant la longueur d'onde », précise Guillaume Koessler. Nous en avons observées. » La spiruline, elle, pousse dans des bouteilles en plastique de huit litres placées sur un côté des bacs pour profiter de l'éclairage et augmenter la productivité.
A. L.

 

Des soutiens /

Aquaponie Valley a été lauréate d'Alter'Incub Rhône-Alpes pour sa partie « innovation économie sociale et solidaire » et de la première bourse French tech de BPIFrance pour son « innovation technologique ».
Autres soutiens financiers de Zak Abbaz (qui a investi 50 000 €) : la Région (33 000 € sur la partie agricole et 30 000 sur la partie économie sociale et solidaire), le Département (5 000 €), la CNR(1 )(30 000 €), la CCVD(2) (19 000 €), l'eurodéputée Michèle Rivasi (9 000 € sur sa réserve parlementaire), l'entreprise CJ Plast à Loriol (15 000 €).
Parmi les partenaires techniques : l'Iteipmai(3), Biovallée, l'Insa(4) Lyon, le pôle de compétitivité Terralia, la fédération des spiruliniers de France, l'Adapra(5), Astredhor(6), Organics Cluster.
(1) CNR : Compagnie nationale du Rhône.
(2) CCVD : communauté de communes du Val de Drôme.
(3) Iteipmai : institut technique interprofessionnel des plantes à parfum, médicinales et aromatiques.
(4) Insa : institut national des sciences appliquées.
(5) Adapra : association pour le développement de l'aquaculture et de la pêche en Rhône-Alpes.
(6) Astredhor : association nationale des structures d'expérimentation et de démonstration en horticulture.