Publié le 19/11/2017 à 06:00 / Béatrice Dupin

PATRIMOINE

La Cave de Tain-l'Hermitage a fusionné voilà un peu plus de trente ans avec la cave vinicole de Saint-Donat-sur-l'Herbasse. Mais les anciens bâtiments trônent toujours sur l'avenue du commandant Corlu. La Cave de Tain réfléchit à son avenir.

Sur le site, les visiteurs peuvent encore voir une bascule, fabriquée à Voiron. Une installation qui n'est pas d'origine. « En 1964, à Saint-Paul-lès-Romans est installé un silo. Nous avions à cette époque la gérance. Nous vendions tout en gros et n'avions ...

Les bâtiments de l'ancienne cave vinicole de Saint-Donat-sur-l'Herbasse sont sans doute un pan de l'histoire locale que l'on a parfois tendance à oublier. Et pourtant cette commune et ses alentours comptaient plusieurs parcelles de vignes. Soucieux de pouvoir vinifier et commercialiser leurs vins, environ 200 viticulteurs avaient d'ailleurs choisi de créer une coopérative en 1931. L'assemblée générale décidera le 9 avril de cette même année d'acquérir un terrain, quartier des Sables, pour ses installations. Le programme complet des travaux prévoit une capacité future de 20 000 hectolitres (hl) environ, ainsi que la construction d'une annexe à usage de distillerie. Le bâtiment est à ses débuts rectangulaire. Sa configuration actuelle - en L - se fera au fil des années.

De grandes heures

La coopérative a en effet opéré plusieurs agrandissements. En 1938, huit cuves supplémentaires de 500 hl et deux de 1 500 hl ont été installées. Viendront aussi, en 1954, seize cuves de 500 hl. Il faut dire que, lors de cette période, de nouveaux coopérateurs intègrent la structure. « La cave de Saint-Paul-lès-Romans ne pouvait pas s'agrandir, des viticulteurs se sont donc tournés vers Saint-Donat », raconte André Carat, l'ancien directeur de la coopérative donatienne. En 1961, deux nouvelles cuves de 5 000 hl seront également installées à proximité. Ce sont alors les grandes heures de la cave. Les coopérateurs affluent et les récoltes sont au rendez-vous. Le vin est principalement vendu en vrac, sur le territoire français. « C'étaient des vins de coupage. Beaucoup de viticulteurs faisaient aussi cuver chez eux », note André Carat. La cave réalise aussi des ventes en direct. Elle ouvrira d'ailleurs ses portes progressivement au public.

Moins d'apports

Mais à compter de 1975, la coopérative enregistre une diminution progressive des apports. Le faible intérêt économique explique en partie cette situation. « La reconversion du vignoble avait commencé, certains ont choisi d'arracher les vignes. Le commerce n'était pas intéressé par les vins de pays, ils étaient vendus au tarif des vins de table. Nous arrivions tout de même à avoir une petite plus-value, avec les degrés plus élevés », souligne aussi André Carat. Lors des années 1980, la compagnie des vins du midi installe des dépôts à Romans-sur-Isère et Saint-Marcellin. La vente au détail chute alors. « En 1975-1980, nous vendions encore 600 hl au détail, en bonbonne ou en litres. Les vins de Saint-Donat étaient réputés et l'on venait même de Saint-Marcellin pour les acquérir », poursuit-il.

 

Unité de vinification, musée vitivinicole

En raison d'un problème de santé de son directeur, le conseil d'administration de la coopérative initiera un rapprochement avec la Cave de Tain, dès 1984. La fusion est peu à peu enclenchée et sera effective en 1986. Aujourd'hui, la bâtisse donatienne est fermée au public. À vrai dire, personne n'a poussé ses portes depuis environ deux années. Si elle servait encore, après la fusion avec Tain, à vinifier quelques vins de pays, elle fut par la suite un espace de stockage. Et puis, plus rien. « De petites quantités étaient vinifiées à Saint-Donat. Dans le même temps, la Cave de Tain avait investi dans des équipements », précise aussi André Carat. Les dirigeants de la structure coopérative réfléchissent toutefois à lui donner une seconde jeunesse. Une unité de vinification pourrait par exemple voir le jour.
« Saint-Donat a pris très logiquement, tant historiquement qu'économiquement, le leadership dans le projet d'appellation des vins de la Drôme des collines en s'appuyant sur l'histoire de la coopérative », précise Xavier Gomart, directeur de la Cave de Tain. Un lieu œnotouristique, et notamment un musée vitivinicole, pourrait aussi être créé. « Nous sommes toujours à la recherche de documents, de vieux pressoirs et d'instruments », poursuit-il aussi.
Aurélien Tournier

 

REPÈRES / La reconversion du vignoble
Dans les années 1960, une vigne pilote est installée à Peyrins. Il s'agit d'introduire des cépages français (syrah, marsanne, merlot, etc.). Jusqu'alors, ceux-ci étaient principalement hybrides (7 053 Seibel, 18 283 Seyve-Villard et le 18 315 Seyve-Villard). Ce programme a été rendu possible grâce à des financements européens. Il faut dire que, dans les années 1970, la coopérative donatienne avait rejoint l'Union de coopératives des balcons rhodaniens (Ucobar), aux côtés de celle d'Annonay, d’Éclassan, de Saint-Désirat ainsi que du Péage-de-Roussillon. « Avec la création de cette structure, on pensait aussi que nous allions pouvoir placer les vins de pays dans le commerce. Nous ne pouvions pas le faire tout seul », note également André Carat.

 

 

HISTOIRE / Les documents conservés permettent aujourd'hui de se rendre compte de l'étendue du vignoble. Aujourd'hui, peu de parcelles subsistent.
Lors de l'inauguration du caveau, le 4 mai 1984. Figurent notamment sur ce cliché André Galabrun (président de la Cave), André Carat, M. Alloncle (conseiller général), André Bossanne (ancien président de la Cave), Paul Galland (maire de Saint-Donat-sur-l'Herbasse). La vente directe a été initiée dès les années 1960. ©A Carat

Focus sur les premiers coopérateurs

En 1931, la cave vinicole comptait près de 200 viticulteurs. Ceux-ci étaient originaires de Marsaz, Chavannes, Saint-Vallier-sur-Rhône, Bren, Clérieux, Chantemerle-les-Blés, Veaunes, Saint-Donat-sur-l'Herbasse, Romans-sur-Isère, Ratières, Charmes-sur-l'Herbasse, Margès, Arthemonay, Peyrins, Montchenu, Mercurol, Claveyson, Crépol, Saint-Bardoux, Saint-Uze ou encore du Laris. Certains noms de famille, figurant sur le procès-verbal de l'assemblée constitutive en date du 9 avril 1931, ne sont pas inconnus. Parmi eux, Elie Chartron, qui possédait 10 parts (sur 600). « Mon arriére-grand-père avait des vignes sur les coteaux du Pendillon, raconte aujourd'hui Bruno Chartron, le chef cuisinier. Elles ont été exploitées par mon grand-père, René Chartron, jusqu'aux alentours des années 1970. Je me souviens même avoir mené le cheval dans les parcelles de vigne, alors que mon grand-pére dirigait la charrue. Ils produisaient surtout du vin blanc. Je sais qu'ils vinifiaient une partie de la récolte, qu'ils vendaient ensuite aux cafetiers en tonneaux. Ils en livraient même jusqu’à Saint-Étienne. »Figure aussi Victor Villard (30 parts). Un autre nom réputé, qui plus est dans le monde viticole, ce patronyme ayant été utilisé pour l'appellation de cépages. Le docteur Lémonon (4 parts), autre personnalité locale, faisait aussi partie de ces pionniers. En 1954, d'autres communes se sont ajoutées, comme Châteauneuf-sur-Isère ou Granges-les-Beaumont.
A. T.
Mots clés : VITICULTURE CAVE DE TAIN CAVE COOPÉRATIVE DE SAINT DONBAT ANDRÉ CARAT