Publié le 10/02/2018 à 06:15 / Béatrice Dupin

Elevage de chèvres angora

Alors que la fête de la laine se tient à Crest ce week-end, reportage à la ferme Douce Laine où Sandra Hobeniche élève une centaine de chèvres angora. Elle utilise la laine pour créer pulls, écharpes, bonnets et gants en laine mohair.

Les chevreaux angora naissent au mois de mars. Leur toison est la plus fine et la plus douce de toute. Un chevreau produit en moyenne, lors de sa première tonte, 600 g de laine.

A Sauxillanges, aux portes du Livradois-Forez (Puy-de-Dôme), Sandra Hobeniche élève une centaine de chèvres angora. Une production atypique reposant pourtant sur une filière à part entière. Depuis plus de six ans, la productrice puydômoise, éleveuse laitière à l'origine, vit de la toison de ses animaux. Un fil fin et délicat, réputé pour sa douceur et sa chaleur, qui connaît un renouveau dans le sillage du tricot.

Sandra Hobeniche affectionne et bichonne ses chèvres et tout particulièrement Zaza, l’égérie de toutes les collections.

Prouesse capillaire

Avant d'en arriver au tricot, il faut recueillir cette fameuse laine, autrefois réservée aux sultans. Les chevreaux angora naissent au mois de mars. Leur toison est la plus fine et la plus douce de toute. Un fil blanc précieux tondu pour la première fois en août de la même année. « Nous utilisons la laine des mâles comme des femelles », précise Sandra Hobeniche. Une fois adulte, les chèvres et les boucs sont tondus deux fois par an (janvier et juillet). Un chevreau produit en moyenne, lors de sa première tonte, 600 g de laine. Un adulte quant à lui offre 4 kg de mohair durant l'année. Les poils mohair des chèvres poussent de plus de 1,5 cm par mois. « Au moment de la tonte, leur toison a une épaisseur comprise entre 6 et 8 cm ». Une prouesse capillaire rendue possible par la sélection. « Je suis rattachée à l'organisme CapGenes. Je sélectionne mes boucs en fonction de leur toison. Je vends également quelques-unes de mes chevrettes comme reproductrices ». Les mâles non destinés à la reproduction sont castrés. Contrairement aux autres productions d'élevage, ces messieurs ne voient pas leur destin coupé court. Eux-aussi produisent de la laine et peuvent vivre jusqu'à 12 ans.

De la toison au pull

Une fois les toisons recueillies, Sandra Hobeniche emmène sa précieuse cargaison jusqu'à Castres. Là-bas, un atelier est entièrement dédié au traitement de la laine mohair produite en France. Elle est d'abord analysée et triée avant d'être lavée, cardée, filée et teintée. Sandra Hobeniche en récupère, quelques mois plus tard, des pelotes et des cônes d'un kilogramme de laine. Elle vend une partie comme tel tandis que l'autre est tricotée et tissée par ses soins. Elle se plait également à teindre suivant ses envies et son inspiration une petite quantité de cette laine.

Une fois la laine mise en pelote, il faut la tricoter ou la tisser pour la valoriser

Parcours d'une passionnée

Au commencement, Sandra Hobeniche a repris l'exploitation laitière de son père. Jusqu'en 2011, elle travaille avec son frère mais les investissements financiers nécessaires à la poursuite de la production ne leur permettent pas de continuer dans cette voie. « Les sommes à engager dans la rénovation du bâti et du matériel étaient trop importantes. Le troupeau laitier a été converti en vaches allaitantes mais la viande ce n'était pas mon truc ». Alors, elle part seule dans l'élaboration d'un autre projet. Après plusieurs visites dans les chèvreries françaises, elle découvre par hasard la chèvre angora et sa production si particulière. « J'en suis tombée amoureuse », explique-t-elle. De rencontre en rencontre, le lien se tisse entre les chèvres et l'éleveuse qui n'a « d'yeux » désormais que pour elles. Les chèvres angora sont élevées exclusivement pour leur laine. Aucune autre valorisation n'est possible. « Ce ne sont pas des animaux destinés à la boucherie. Ils meurent de leur belle mort sur la ferme ». Autre particularité, l'éleveur se doit d'avoir une âme de créateur. « Une fois la laine mise en pelote, il faut la tricoter ou la tisser pour la valoriser ». Élevage et création réunis en un seul et même lieu, il n'en fallait pas plus à Sandra Hobeniche.

Une réussite fulgurante

« Mon projet a été très difficile à monter. J'ai dû beaucoup insister », raconte-t-elle. En effet, l'élevage d'angoras est pour le moins singulier. À force de persévérance, l'éleveuse parvient à obtenir le feu vert pour débuter sa production. Elle achète d'abord une vingtaine de chèvres qu'elle loge dans un bâtiment d'élevage appartenant à son beau-père. Quant aux terrains, elle en possédait déjà quelques hectares. L'année suivante, sa trésorerie lui permet l'achat d'un tunnel. De fil en aiguille, elle augmente son troupeau. Aujourd'hui, elle élève une centaine d'animaux et a même aménagé récemment un magasin et un atelier dignes de ce nom. L'intégralité de sa production et de ses créations est vendue à la ferme et sur les marchés, en particulier ceux de Noël. 
Mélodie Comte

 

Zoom sur... la chèvre angora

La chèvre angora est originaire d’Asie mineure (plateaux de l’Anatolie, au cœur de la province d’Angora, actuelle Ankara en Turquie). C’est un animal de petite taille : 60-65 cm au garrot, pesant à l’âge adulte 40 à 50 kg et dont l’espérance de vie est d’une dizaine d’années. L’utilisation du mohair, la laine de l’angora, remonte au 4e siècle av. J.C. Il sera réservé à la confection des vêtements des sultans et des membres de la cour. Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’industrie du mohair se développe, principalement en Angleterre et en France. En France, dès le XVe siècle, Jacques Cœur, grand argentier du roi Charles VII, fait venir un troupeau de ces « caprins à poils longs, ondulés, doux et propres à la teinture ». Ce troupeau est installé à la ferme de la Chevrottière dans les environs de Saint-Pourçain-sur-Sioule dans l’Allier. Le pelage des chèvres d’Orient servait pour le tissage précieux de linges liturgiques et d’habits sacerdotaux des moines du prieuré du Montet. Hélas, les troupeaux ne survivent pas aux famines de l’époque. Ce n’est que dans les années 1980 que des éleveurs ont réussi sa réintroduction, après bien des pérégrinations, sur les pâturages français. Sa rusticité a permis à la chèvre angora de s’adapter à tous les milieux et à tous les climats. Aujourd’hui installée dans les fermes de France, elle semble bien décidée à y rester. 

Le mohair, une filière à part entière

Travaillant dans un premier temps de façon artisanale, les éleveurs de chèvres angora se sont organisés dès le 14 mars 1982 en créant l’Association nationale des éleveurs de chèvres angora et utilisateurs de poil mohair (Asecaum). La production nationale, certes très confidentielle jusqu’en 1987 (5 tonnes), connaît un essor dans les années 1990. À partir de 1995, une nouvelle organisation au sein de la SicaI Mohair - principale structure de transformation - permet aux éleveurs de gérer leurs stocks de produits finis. En 1994, les éleveurs modifient leurs structures : l’Asecaum est supprimée et l’Association interprofessionnelle du mohair français voit le jour. Une filière composée de quatre acteurs : l’Aneca, l’Association nationale des éleveurs de chèvres angora créée en 1994 et qui représente le collège producteur, les structures de transformation avec la Sica Mohair qui représente le collège transformateur, l’Upra caprine avec CapGenes France et les éleveurs de chèvres angora et groupements de commercialisation qui représentent le collège commercialisation. 
Source : Le mohair des fermes de France

Mots clés : CHÈVRES ANGORA LAINE MOHAIR